Six intervenants en santé mentale se joindront à la police de Repentigny

Le Service de police de la Ville de Repentigny bénéficiera de l’aide du CISSS de Lanaudière, qui lui fournira deux intervenants spécialisés en santé mentale.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le Service de police de la Ville de Repentigny bénéficiera de l’aide du CISSS de Lanaudière, qui lui fournira deux intervenants spécialisés en santé mentale.

Six intervenants psychosociaux seront déployés sur le terrain à partir du mois d’octobre afin de répondre à des appels au 911 concernant des personnes ayant des problèmes de santé mentale à Repentigny. Une mesure qui survient toutefois « trop tard » pour la mère d’un homme en détresse abattu par des policiers du secteur l’an dernier.

Le Service de police de la Ville de Repentigny (SPVR) bénéficiera de l’aide du CISSS de Lanaudière, qui lui fournira deux intervenants spécialisés en santé mentale. Le processus d’embauche de quatre autres spécialistes sera par ailleurs entamé en août dans l’espoir que ceux-ci soient prêts à être déployés sur le terrain, à Repentigny et à Charlemagne, le mois suivant.

Dès lors, lorsqu’un appel sera effectué au 911 concernant une personne ayant un problème de santé mentale, les répartiteurs devront donner la priorité à cette nouvelle unité spécialisée, dont les membres se rendront sur les lieux en équipe de deux à bord de « véhicules civils » et sans uniforme, explique au Devoir la directrice du SPVR, Helen Dion. Cette unité sera déployée dans le cadre d’un projet pilote de trois ans évalué à 1,4 million de dollars.

« C’est un projet extrêmement novateur », fait valoir Mme Dion, qui rappelle que « l’uniforme [des policiers], au lieu d’apaiser la situation, peut provoquer une désorganisation de la personne ». La directrice précise que les policiers seront toutefois appelés à se déplacer dans le cas de situations « à caractère violent » qui poseraient une menace pour la sécurité de ces intervenants civils, qui disposeront d’ailleurs « d’appareils radio portatifs » afin de pouvoir contacter rapidement les forces de l’ordre si la situation dégénère.

À l’échelle de la province, plus de 80 000 interventions ont été effectuées en 2019 par des services de police auprès de personnes ayant des problèmes de santé mentale, selon le rapport final du Comité consultatif sur la réalité policière, publié l’an dernier. Cette situation a notamment incité la Sûreté du Québec à revoir la formation de ses policiers, tandis que le corps de police de Montréal a mis en place diverses équipes spécialisées.

Le SPVR note pour sa part que près de 40 % des interventions réalisées par ses agents l’an dernier concernaient des personnes « dont l’état mental était perturbé ».

« Trop peu, trop tard »

En entrevue, Helen Dion indique que cette annonce « n’a pas de lien » avec la mort, le 1er août 2021, de Jean René Junior Olivier, qui est décédé à l’âge de 38 ans sous les balles de policiers à Repentigny alors qu’il se trouvait en détresse. Mais pour la mère de la victime, Marie-Mireille Bence, l’annonce de cette nouvelle unité d’intervenants psychosociaux, c’est « trop peu, trop tard ».

« Moi, ce que j’espère, c’est qu’il n’y ait pas une famille qui vive ce que je vis en ce moment, parce que les gens qui ont assassiné mon fils, ils sont bien chez eux, ils travaillent, ils ont leur paix, ils sont dans leur confort, mais moi, non. Ils ont assassiné mon fils, et je n’ai aucun soutien », déplore la dame, qui demande justice pour son fils, qui a, selon elle, été victime de « racisme ».

Pierre-Richard Thomas, coordonnateur chez Lakay Média et président de l’Association des personnes racisées de Repentigny, se demande d’ailleurs si des membres de « différentes communautés » ethniques seront intégrés dans la future unité en santé mentale du SPVR afin d’éviter de « reproduire les préjugés » dont auraient été victimes de nombreux résidents de Repentigny dans les dernières années.

Mme Dion a pour sa part indiqué au Devoir qu’on « ne peut pas nier l’existence du profilage racial aujourd’hui ». Le SPVR a d’ailleurs annoncé l’an dernier un plan d’action sur cinq ans pour s’attaquer à cet enjeu, plan que le corps de police est depuis « très actif » à mettre en application.

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