Fraude sur fond de visite papale au Québec

Des billets pour un événement inexistant à la baie de Beauport ont été mis en vente au prix fort en prévision de la visite du pape François à Québec, a constaté Le Devoir. Le tout au moment où on entrevoit un manque de places pour répondre à la demande, en particulier auprès des communautés autochtones, dont le Saint-Père souhaite obtenir le « pardon ».

Dans le cadre de sa visite au pays du 24 au 29 juillet, le pape François fera un arrêt remarqué le 28 juillet au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, où il célébrera une messe. Afin d’assister à la messe en extérieur, 2000 places d’admission générale étaient disponibles gratuitement pour le grand public, lesquelles se sont envolées en 10 minutes. « On fait compétition à Céline dans ses spectacles ! » lance l’ancien maire de Montréal Denis Coderre, qui a décidé de s’impliquer bénévolement comme responsable du financement de la visite papale dans l’est du Canada.

Et à l’instar des spectacles de Céline Dion, les apparitions du pape François au pays stimulent elles aussi la surenchère sur les sites de revente.

Des billets pour assister le 26 juillet à la messe du stade du Commonwealth, à Edmonton, étaient ainsi mis en vente mardi sur le site Web TicketNetwork à des prix variant de 56 à plus de 250 dollars, en fonction de la localisation du siège choisi.

Photo: Capture d'écran, Ticket Network

Le site de vente de billets en ligne va même jusqu’à proposer de réserver son siège pour une prétendue visite du Saint-Père le 28 juillet à la baie de Beauport, dans la ville de Québec. On y incite les internautes à se procurer un billet rapidement pour cet événement, pour lequel le prix des billets varie de 105 à plus de 285 dollars, sans compter les « frais de service ». Or, le pape François ne prévoit aucun arrêt à la baie de Beauport, confirme l’entreprise Gestev, responsable de la gestion du site de la baie de Beauport pour la Ville de Québec. Il s’agit donc d’une arnaque.

Photo: Capture d'écran, Ticket Network

« Ceci est un exemple flagrant montrant qu’il ne faut pas faire confiance aux soi-disant billets offerts sur des sites de revente », a déploré la directrice des communications de l’Église catholique de Québec, Valérie Roberge-Dion, lorsque mise au fait de cette arnaque.

« C’est inacceptable et indécent », a pour sa part déploré Denis Coderre, qui estime que « tous ceux qui veulent se servir de cet événement pour tenter de soutirer de l’argent de quelque manière que ce soit sont à être dénoncés et condamnés ». 

Joint mardi, le directeur des communications de TicketNetwork, Sean Burns, a remercié Le Devoir de l’avoir « mis au fait de cette situation ». « Notre équipe du marché a été informée, et ces événements et toutes les listes de billets connexes sont en train d’être supprimés ».

L’Église catholique de Québec n’a pas encore recensé de billets gratuits mis en revente concernant la visite du pape François à Sainte-Anne-de-Beaupré, mais « on le craint », relève Denis Coderre. Plus de 100 000 personnes sont par ailleurs attendues sur les plaines d’Abraham le 27 juillet pour suivre sur des écrans géants les activités de Sa Sainteté.

« Il va aller sur le terrain » pour s’excuser et obtenir « le pardon », relève Denis Coderre, un croyant, selon qui la visite du pape au pays représente « un moment historique » qui, espère-t-il, permettra d’aller au bout du « cercle de guérison » entre l’Église et les communautés autochtones ayant subi ses sévices.
 

Billets réservés pour les Autochtones

Pendant que ces billets sont mis en vente au prix fort, une insatisfaction gronde dans certaines communautés autochtones, puisque ce ne sont pas tous les survivants des pensionnats qui pourront assister à la messe à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Il y a quelques jours, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a exprimé publiquement son mécontentement, en rappelant que le nombre de survivants des pensionnats pour Autochtones s’établit à plusieurs milliers. Or, ce ne sont qu’environ 980 Autochtones — Premières Nations, Inuits et Métis confondus — qui pourront assister à la messe. Quelque 420 billets ont quant à eux été attribués aux membres des délégations des diocèses de l’est du Canada.

Selon Mgr Raymond Poisson, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, une partie du mécontentement vient du fait que le nombre de billets distribués à chacun des peuples autochtones correspond à leur représentativité à l’échelle nationale. « Donc, quand le pape sera à Québec, […] la représentativité des Autochtones qui seront à l’intérieur de la basilique a été déterminée en fonction de l’ensemble du pays, plutôt que de la région, explique-t-il. J’espère qu’ils vont pouvoir discuter ensemble [pour trouver une solution]. » Le chef Picard n’a pas répondu dans l’immédiat à notre demande d’entrevue à ce sujet.

Quelque 9000 billets ont aussi été distribués pour assister à la retransmission en extérieur de la messe sur le site du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, dont 7000 à des associations autochtones.

Mgr Poisson relève également qu’en raison des difficultés qu’a le pape à se déplacer, les deux grandes messes que le Saint-Père célébrera au Canada seront dans des lieux intérieurs où la capacité d’accueil est limitée. Sur de grands sites extérieurs, « il y aurait eu trop de déplacements pour le pape », indique-t-il.

Un financement « autonome »

En prévision de la visite du pape au pays, une cible budgétaire de 18 millions de dollars a été mise en place afin de financer les infrastructures liées aux discours et aux déplacements du Saint-Père. De cette somme, l’objectif de trois millions de dollars pour la visite du pape au Québec a « pas mal » été atteint, essentiellement grâce à des dons de particuliers et de « grands donateurs », qui continuent d’affluer, indique M. Coderre.

Une partie de la facture de cette visite sera assumée par la Conférence des évêques catholiques du Canada, mais le Vatican ne sera pas appelé à contribuer. « Quand tu invites quelqu’un à venir souper chez toi, est-ce que tu le fais payer ? » demande M. Coderre.

Les différents ordres de gouvernement, pour leur part, participeront financièrement pour assurer la sécurité du pape François. À Québec, la Ville évalue « entre un et deux millions de dollars » sa contribution financière à la visite du pape dans la capitale, « mais il y a des ententes entre le gouvernement du Québec et du Canada qui vont nous servir pour séparer la facture par la suite », indique Thomas Gaudreault, l’attaché de presse du maire de Québec, Bruno Marchand.

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