Le succès de Bixi crée des frustrations à Montréal

Dans bien des stations, il ne reste que des vélos électriques, qui sont plus coûteux et nécessitent le port d’un casque, ce qui ne convient pas à tous les usagers.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Dans bien des stations, il ne reste que des vélos électriques, qui sont plus coûteux et nécessitent le port d’un casque, ce qui ne convient pas à tous les usagers.

Depuis le printemps, les usagers de Bixi dans plusieurs quartiers centraux se heurtent à des stations vides, source de bien des frustrations. Bixi Montréal admet que l’achalandage record cette année et la difficulté de recruter de la main-d'œuvre font en sorte qu’il lui est difficile de regarnir les stations durant la journée.

À pareille date l’an dernier, Bixi comptait 37 725 membres actifs. Ce nombre a grimpé à 64 000 en 2022. Désormais, Bixi dépasse régulièrement les 50 000 déplacements par jour, ce qui correspond à une augmentation de 92 % pour le mois de mai et de 66 % pour juin comparé à l’année précédente, indique Christian Vermette, directeur général de Bixi Montréal. Il croit d’ailleurs que le cap des 60 000 déplacements quotidiens pourrait être atteint sous peu. L’achalandage dépasse même celui de la période prépandémique.

« Jusqu’en 2019, on avait une croissance assez stable de 10 % qu’on était capable de prévoir et d’absorber assez facilement », explique M. Vermette. « C’est un beau problème. On s’attendait à un retour à la normale, mais pas de façon aussi brutale. On essaie de s’ajuster. »

Sur le terrain, cet engouement a pour effet de vider les stations en début de journée dans les quartiers centraux tels que Le Plateau-Mont-Royal et Rosemont–La Petite-Patrie, ce qui force les usagers à partir en quête d’autres stations en espérant y trouver des vélos disponibles. Et dans bien des cas, il ne reste que des vélos électriques, qui sont plus coûteux et nécessitent le port d’un casque, ce qui ne convient pas à tous les usagers.

Augmenter la cadence

 

Selon Christian Vermette, Le Plateau-Mont-Royal, qui représente 30 % des déplacements, est particulièrement problématique, et le déséquilibre est inévitable. « Les gens pensent qu’on ne rapporte pas les vélos, mais on a quand même une douzaine de camions qui vident le centre-ville et rapportent les vélos sur le Plateau. Mais, tout de suite après, les stations sont prises d’assaut, et il n’y a plus de vélos. C’est comme essayer de vider l’eau de son sous-sol pendant une inondation, mais qu’il en entre autant. »

À l’heure actuelle, Bixi a la capacité de rapporter entre 400 et 500 vélos à l’heure dans les stations dégarnies, mais M. Vermette reconnaît que cette cadence n’est peut-être pas suffisante.

À l’inverse, les stations pleines quand les usagers arrivent à destination — au centre-ville notamment — suscitent aussi la frustration des usagers.

Bixi Montréal dit également devoir faire face à un problème de recrutement de chauffeurs dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Christian Vermette précise que l’organisation doit faire appel à des chauffeurs expérimentés capables de manœuvrer des véhicules munis de remorques dans les rues de la ville.

L’achat de véhicules représente aussi un défi. Depuis quelques années, Bixi a fait l’acquisition de véhicules plus petits, mais ils sont difficiles à trouver et ils sont coûteux. « Acheter des camions en ce moment, c’est un an et demi de délai », soutient M. Vermette.

Celui-ci reconnaît que malgré l’embauche de patrouilleurs pour rapporter les vélos aux stations vides et l’ajout de 87 nouvelles stations sur le territoire, les problèmes ne pourront se régler du jour au lendemain. Mais l’organisation y travaille, assure-t-il : « Il ne faut pas se décourager ».

Le défi des vélos électriques

 

Le manque de vélos aux stations est symbolique de l’engouement pour le vélo et de son utilité comme outil de mobilité, estime le p.-d.g. de Vélo Québec, Jean-François Rheault. Il craint cependant qu’à moyen terme, ces problèmes affectent l’enthousiasme des usagers. « On l’a vu à Paris, après le changement d’exploitant, ils ont eu deux ans de misère. Ils n’ont pas réussi à retrouver l’achalandage d’avant », relate-t-il. « C’est vraiment une situation qu’il faut suivre de près. »

Il souligne que le déploiement des vélos électriques entraîne des défis d’exploitation supplémentaires pour Bixi. « Il faut s’assurer que l’électrification ne se fait pas aux dépens de la qualité de service. » Selon lui, Bixi pourra remédier aux problèmes en y mettant les ressources nécessaires. Il reconnaît toutefois qu’avec la reprise des activités, Bixi se retrouve dans la même situation que bien d’autres organisations qui ont ralenti leurs activités pendant les deux dernières années.

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