Extermination massive dans les années 50-60 - Les Inuits réclament argent et excuses pour le massacre de leurs chiens

Photo: Agence Reuters

Les Inuits exigent des excuses des gouvernements ainsi qu'une compensation financière pour l'abattage de centaines de chiens de traîneau entre le milieu des années 50 et la fin des années 60.

Selon un documentaire récent, les gouvernements de l'époque considéraient ces centaines de chiens qui se déplaçaient librement comme un danger pour la santé publique en raison notamment des risques de propagation de la rage. Des chiens s'étaient également livrés à des attaques contre les humains et un enfant avait péri au cours d'une telle attaque.

Aujourd'hui, les Inuits affirment que cette action a eu un effet dévastateur sur leur société.

«L'âme même de notre peuple a été victime de cet abattage», affirme Pita Aatami, présidente de la société Makivik, dans un documentaire intitulé Echo of the Last Howl (Écho du dernier hurlement). Selon elle, les Inuits ont alors commencé à perdre leur autonomie et les traditions à la base de leur société.

En 1965, a affirmé une porte-parole de Makivik, Lisa Koperqualuk, quelque 2500 personnes habitaient dans ces communautés nordiques. Aujourd'hui, elles sont 10 000 à vivre au nord du 55e parallèle sur un vaste territoire appelé le Nunavik.

Sans leurs chiens, les chasseurs ne pouvaient plus attraper de gibier et n'avaient plus de revenus pour faire vivre leur famille. Ils sont devenus inactifs et dépendants. Plusieurs sont devenus alcooliques et un grand nombre se sont accoutumés aux chèques mensuels d'aide sociale, affirme le documentaire.

Loin d'être un danger, les chiens ont sauvé la vie de nombreux chasseurs en les ramenant à la maison à travers les blizzards ou en venant à leur secours lorsque la glace cédait sous leur poids ou lorsqu'ils étaient attaqués par des animaux sauvages.

«Les chiens jouaient un rôle capital dans la vie des Inuits avant l'invasion de la civilisation», ajoute encore Mme Aatami dans son documentaire de 54 minutes.

Les motoneiges ont ensuite remplacé les chiens. Bien qu'elles aient été plus rapides, elles étaient coûteuses et ne pouvaient pas aider les hommes à chasser comme les chiens pouvaient le faire naturellement.

Pour Mme Aatami, cet abattage en masse se compare à l'internement des Canadiens d'origine japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le Canada s'est excusé officiellement de cette action en 1988 et chaque survivant de cet internement a obtenu une compensation financière de 21 000 $.

«Notre style de vie a été détruit et cela devrait nous valoir aussi des indemnités», ajoute Mme Aatami.

Pour le moment, aucun montant n'a été évoqué à propos de cette indemnisation mais des centaines de familles qui ont souffert de l'abattage de leurs chiens pourraient en bénéficier, a indiqué Mme Koperqualuk de son domicile de Kuujjuaq.

Un porte-parole du ministre des Affaires autochtones du Québec, Benoît Pelletier, a indiqué que le gouvernement ne fera aucun commentaire tant qu'il n'aura pas reçu une demande formelle des Inuits.

Au fédéral, la ministre de la Sécurité publique Anne McLellan, également responsable de la GRC, a fait savoir qu'elle ne voit pas de raison de faire des excuses ou d'accorder des indemnisations aux Inuits.

Quant à la GRC, un porte-parole, Tim Cogan, a signalé que les agents de l'époque avaient probablement abattu des chiens par mesure de sécurité mais qu'il n'y avait aucune politique d'abattage systématique des animaux.

«Nous avons examiné nos fichiers et nous n'avons rien trouvé sur l'existence d'une politique systématique d'abattage des chiens dans les communautés inuites à cette époque», a-t-il assuré.

Pour sa part, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, en tournée dans les communautés du nord du Québec cette semaine, s'est dit en faveur d'une enquête dans cette affaire.

«Qui a pris la décision? Et pourquoi?», s'est interrogé M. Duceppe.