L’horaire réduit du CLSC de Senneterre non « déterminant » dans la mort de Gordon Richard Genest

Selon la coroner Thériault, rien ne permet d’établir que M. Genest aurait pu être sauvé s’il avait pu obtenir des services de santé la nuit à Senneterre ou si une ambulance était arrivée plus rapidement.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Selon la coroner Thériault, rien ne permet d’établir que M. Genest aurait pu être sauvé s’il avait pu obtenir des services de santé la nuit à Senneterre ou si une ambulance était arrivée plus rapidement.

La fermeture partielle du CLSC de Senneterre l’automne dernier n’est pas « un élément déterminant » dans la mort de Gordon Richard Genest, survenue le 30 novembre à l’hôpital d’Amos, affirme la coroner Geneviève Thériault dans un rapport rendu public mardi.

Le décès de l’homme de 65 ans avait suscité une large couverture médiatique l’automne dernier. La mairesse de Senneterre, Nathalie-Ann Pelchat, avait mis en avant la fermeture de 16 h à 8 h des services de santé d’urgence de la petite municipalité d’Abitibi pour expliquer le long délai avant la prise en charge de M. Genest.

L’affaire était remontée jusqu’à l’Assemblée nationale, où les partis d’opposition avaient vilipendé le gouvernement caquiste pour sa mauvaise gestion du système de santé.

Face à une importante pénurie de personnel dans la région, le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue avait été contraint l’automne dernier de réduire ou de suspendre temporairement plusieurs services sur son territoire, dont les services d’urgence la nuit à Senneterre, qui ont cessé d’être offerts le 18 octobre. Ceux-ci ont repris le 7 mars dernier.

Selon la coroner Thériault, rien ne permet toutefois d’établir que M. Genest aurait pu être sauvé s’il avait pu obtenir des services de santé la nuit à Senneterre ou si une ambulance était arrivée plus rapidement. « C’est plutôt le fait que M. Genest ait attendu si longtemps avant de recourir à de l’aide qui lui a été fatal étant donné la condition médicale en jeu dont il n’était malheureusement pas conscient », établit-elle.

Le décès de M. Genest est attribuable à un choc hypovolémique secondaire à la rupture d’un anévrisme de l’aorte abdominale.

Fil des événements

 

Le 29 novembre au matin, Gordon Richard Genest, un résident de Senneterre, commence à ressentir des douleurs au bas du dos et au ventre. Plusieurs de ses proches lui recommandent alors de se rendre au CLSC, ce qu’il refuse de faire, croyant que la douleur passera.

Dans la nuit, à 2 h 38, l’homme effectue un appel au 911, mentionnant que sa douleur est devenue trop intense. À ce moment, la seule ambulance qui assure le service à Senneterre est indisponible puisqu’elle répond à un autre appel d’urgence.

À 3 h 15, le répartiteur du 911 rappelle M. Genest et change la priorité d’appel. Il demande à l’ambulance de la municipalité de Barraute, située à environ 32 kilomètres de Senneterre, de se rendre chez l’homme, dont le ventre a commencé à gonfler.

Les paramédicaux arrivent à 3 h 49 et conduisent M. Genest à l’hôpital de Val-d’Or, situé à 68 kilomètres de Senneterre. Sur la route, le sexagénaire perd conscience.

À 4 h 50, il arrive à l’hôpital de Val-d’Or. Une échographie révèle qu’il souffre d’un anévrisme de l’aorte abdominale. M. Genest fait un premier arrêt cardiorespiratoire. Son anévrisme de l’aorte abdominale se rompt. Il reçoit des transfusions de sang.

À 6 h 10, l’ambulance transporte d’urgence le patient vers l’hôpital d’Amos, situé à environ 70 kilomètres de Val-d’Or, où se trouve un chirurgien vasculaire. À 7 h 01, M. Genest fait un deuxième arrêt cardiorespiratoire, au moment où l’ambulance entre dans le garage de l’hôpital d’Amos. Son décès est constaté au bloc opératoire à 7 h 15.

Facteurs de risque

 

Dans son rapport, la coroner Thériault souligne que M. Genest cumulait plusieurs facteurs de risque de l’anévrisme de l’aorte abdominale : hypertension artérielle, tabagisme et rétrécissement des artères carotides, entre autres choses.

Même s’il avait pu être vu en urgence au CLSC de Senneterre, « on ne peut être certain qu’un examen clinique de M. Genest […] aurait permis au médecin de suspecter un anévrisme de l’aorte abdominale », écrit-elle. Le CLSC de Senneterre ne dispose d’aucun appareil d’échographie abdominale, de tomodensitométrie ou d’imagerie à résonance magnétique, spécifie Me Thériault.

Quant au délai avant l’arrivée de l’ambulance, la coroner ajoute qu’il est « le résultat d’un malheureux concours de circonstances qui a fait en sorte que le seul véhicule de la zone de Senneterre était déjà en route vers Val-d’Or avec un autre patient avant que M. Genest appelle le 911 ».

Après l’appel de M. Genest au 911, il a fallu 1 heure 11 minutes avant qu’une ambulance le prenne en charge et 2 heures 12 minutes avant qu’il franchisse les portes de l’hôpital de Val-d’Or. Si une ambulance avait été disponible plus tôt, ce drame aurait-il pu être évité ? « Il y a beaucoup trop de facteurs en jeu pour conclure que M. Genest aurait pu être sauvé, mais ses chances de survie auraient possiblement été meilleures […] », mentionne la coroner.

Elle conclut néanmoins que « la fermeture partielle du CLSC de Senneterre, les services d’appel d’urgence, les services ambulanciers, les protocoles préhospitaliers et les corridors de transport ne sont pas en jeu dans ce décès ».

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