Les renaissances de Venise-en-Québec

Comme la vraie Venise, la vitalité du village de Venise-en-Québec repose sur le tourisme. En 1950, lorsque Québec officialise le toponyme italianisant pour sa municipalité toute neuve, une aura de villégiature y rayonne déjà.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Comme la vraie Venise, la vitalité du village de Venise-en-Québec repose sur le tourisme. En 1950, lorsque Québec officialise le toponyme italianisant pour sa municipalité toute neuve, une aura de villégiature y rayonne déjà.

La Guadeloupe, Zurich, Melbourne, Venise : cet été Le Devoir voyage… au Québec et en Ontario ! Premier reportage de notre série Villages d'ici venus d'ailleurs, sur ces villages dont le nom est surtout connu pour leurs cousins internationaux.

Venise-en-Québec. Le nom renvoie à la dolce vita de la mer Adriatique ou aux splendeurs de la place Saint-Marc. La bourgade québécoise, même sans sublime bâtiment antique et plutôt sise sur les rives du lac Champlain, s’avère être un haut lieu de farniente et cache même une vraie de vraie gondole.

Le surnom de « Venise du Nord » revient à plusieurs cités du monde. Stockholm, Bruges et Saint-Pétersbourg partagent toutes ce sobriquet pour la même raison : elles ont été érigées parmi des canaux. A contrario, le village de Venise-en-Québec, lui, assume le nom, mais n’arbore pas de voies d’eau à proprement parler. Une plongée dans les archives du village fait remonter l’appellation à l’an 1892. Un petit bureau de poste nommé « Venice » est enregistré dans les environs de la grande baie sise tout au nord du lac Champlain. Il y avait donc là, jadis, une halte entre New York et Montréal.

Le nom « Venise » reflète tout de même l’importance de l’eau pour la municipalité. Chaque printemps, la fonte de la neige inonde les marécages qui bordent sa rive nord et le passage se lézarde de ruisseaux, faisant miroiter l’image de Venise à celui qui n’a jamais vu l’Italie.

Aujourd’hui, un muret de ciment ceinture ce qu’on nomme la baie de Venise. Les bras de ruisseau ont été remblayés d’un mètre de roches et de terre, et les canaux ont disparu. Il faut maintenant s’aventurer plus loin dans les terres pour en apercevoir encore. Mais le nom est resté.

Photo: Jean-Louis Bordeleau Le Devoir Un canal de Venise-en-Québec

Comme la vraie Venise, la vitalité du village de Venise-en-Québec repose sur le tourisme. En 1950, lorsque Québec officialise le toponyme italianisant pour sa municipalité toute neuve, une aura de villégiature y rayonne déjà.

Un certain « Château Blanc » a pignon sur rue depuis 1933, et les bals qui s’y tiennent feront les beaux jours des premiers Vénisiens. On vient de loin pour y danser au rythme des Classels, de Claude Blanchard, de Ti-Blanc Richard ou pour se gausser du burlesque de Léo Rivest.

Certaines rumeurs associent l’institution à la pègre. Le coin, il est vrai, était un « lieu de passe » des contrebandiers à l’époque de la prohibition aux États-Unis.

Un grand incendie au « Château de Venise », en 1973, sonne le glas de cette époque. De longues décennies tranquilles s’ensuivent, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau maire, Jacques Landry, en 2005. « La réputation n’était plus là. Il y avait un laisser-aller », confie au Devoir l’homme fraîchement retraité.

La renaissance

 

Avec l’aide de concitoyens tout aussi motivés, Jacques Landry redore l’image de son village. Il mise sur le nom évocateur de la municipalité pour capter l’attention. Il songe un temps à remplacer ce nom par « Venise-sur-le-Lac » afin de « donner un coup de barre », mais finit par abandonner l’idée.

Il jette hors de la ville certains groupes interlopes qui frayent encore dans les parages. Un groupe de citoyens dévoués rachète les édifices importants. Et pour jouer sur le pastiche italien, il offre à son village une gondole. Une vraie gondole.

« La coquille est arrivée toute percée. Avec un citoyen, on a travaillé tout un hiver dessus », raconte-t-il. Moteur électrique, son, lumière et auvent ont été ensuite ajoutés à l’engin pour garantir un plaisir moderne. « On joue seulement de la musique de l’Italie », souligne M. Landry, encore bien actif dans sa communauté.

L’embarcation a été remisée depuis quelques années, mais à la faveur d’un tourisme à la hausse, avec un peu de chance, il sera possible de l’apercevoir sur l’onde du lac Champlain cet été, assure M. Landry. « On reprend du service cette année ! »

Photo: Jean-Louis Bordeleau Le Devoir L’ancien maire de Venise-en-Québec, Jacques Landry, sur la seule gondole de Venise-en-Québec

À défaut de gondole, le visiteur peut aussi admirer le lac Champlain en ponton. C’est John Sauro, un biologiste en aménagement de la faune, qui nous emmène faire un tour.

Calé dans son embarcation presque neuve, il vante les 90 espèces de poisson que l’on trouve dans le lac, dont 60 uniquement du côté québécois.

La grande vallée du Richelieu compte près de 300 espèces d’oiseaux différents, explique l’environnementaliste. « On est à la limite sud des espèces du nord et à la limite nord des espèces du sud », explique-t-il. C’est d’ailleurs pourquoi la région de Missisquoi porte ce nom, le terme signifiant en abénaquis « là où l’on trouve les oiseaux aquatiques ».

En canot dans les canaux

 

Tout comme la véritable Venise, Venise-en-Québec se retrouve à l’occasion avec les pieds dans l’eau, parfois même jusqu’aux genoux.

L’hiver neigeux et le printemps pluvieux de 2011 avaient notamment causé des inondations historiques. Les immémoriaux canaux de Venise-en-Québec étaient réapparus au beau milieu du village.

De ce triste et fatigant printemps certains gardent quelques souvenirs plus joyeux. Des plaisantins avaient sorti leurs canots pour se déplacer sur l’eau en plein centre-ville.

Cette acqua alta intempestive avait tout de même forcé la mobilisation de l’armée et de l’ensemble de la classe politique. Les dommages ont été épongés, mais la facture s’élevait à plusieurs millions de dollars.

La menace de l’inondation n’est d’ailleurs jamais bien loin pour les riverains. Lors du passage du Devoir dans la municipalité, un vaste étang gisait au milieu de la ville, résultat d’un printemps maussade.

Une autre renaissance

 

Venise-en-Québec est aujourd’hui aux portes d’une nouvelle renaissance, la pandémie ayant relancé l’attrait des campagnes.

Plus de 300 transactions domiciliaires ont été conclues l’année dernière dans la municipalité de 2000 habitants, un record. Le trop-plein d’appétit des constructeurs a même forcé la mairie à interdire la construction de nouveaux bâtiments dans certains quartiers, car l’égout et l’aqueduc saturent.

Photo: Jean-Louis Bordeleau Le Devoir Les campings de Venise-en-Québec soulignent timidement le nom italien du village.

Le nouveau maire, Raymond Paquette, compte bien relever le défi de la croissance. S’il fallait naguère investir en publicité pour attirer des touristes, cette époque est révolue, dit-il, la popularité de ce coin de pays n’étant plus à faire. Il chérit maintenant l’idée d’attirer les familles de télétravailleurs.

Il faut aussi souligner la présence de plusieurs snowbirds dans le coin, attirés par la chaleur de cette municipalité située à l’extrémité méridionale du Québec. Certains surnomment même Venise-en-Québec la « Floride du Québec », fait remarquer Jacques Landry. « Mais, il existe aussi une Venise en Floride. Il ne faut pas confondre ! »

 

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