Une étude confirme que la cyberhaine vise davantage les femmes

Selon un sondage effectué en 2017-2018 cité dans l’étude, 75 % des Québécoises de 18 à 24 ans affirmaient avoir vécu de l’hostilité en ligne, comparativement à 67 % de leurs vis-à-vis masculins.
Photo: Getty Images iStockphoto Selon un sondage effectué en 2017-2018 cité dans l’étude, 75 % des Québécoises de 18 à 24 ans affirmaient avoir vécu de l’hostilité en ligne, comparativement à 67 % de leurs vis-à-vis masculins.

Menaces d’agression sexuelle, cyberharcèlement, dénigrement : une nouvelle étude produite par le Conseil du statut de la femme brosse un portrait accablant de la violence en ligne dont sont victimes les Québécoises. Recensant divers rapports effectués ici et ailleurs, le document confirme ce qui a déjà été maintes fois répété, à savoir que les femmes sont davantage victimes d’hostilité en ligne que les hommes.

Les jeunes femmes sont d’ailleurs plus à risque : selon un sondage effectué en 2017-2018 cité dans l’étude, 75 % des Québécoises de 18 à 24 ans affirmaient avoir vécu de l’hostilité en ligne, comparativement à 67 % de leurs pairs masculins.

L’étude a été lancée il y a plus de quatre ans à la demande de la ministre responsable de la Condition féminine. Au-delà des statistiques, les conséquences psychologiques et humaines du cyberharcèlement y sont abordées. Huit Québécoises ont accepté de témoigner, dont cinq joueuses de jeux vidéo et trois personnalités médiatiques. Parmi elles, seule Marilyse Hamelin a choisi de parler à visage découvert. « La honte doit changer de camp. C’était comme une façon de m’engager pour être sûre que c’est pris au sérieux, ce problème-là », mentionne-t-elle en entrevue au Devoir pour expliquer son choix.

Elle comprend toutefois parfaitement pourquoi ses consoeurs ont préféré l’anonymat, elle-même ayant été victime de violence en ligne pendant des années en tant que journaliste et chroniqueuse, entre autres pour Châtelaine et L’Actualité. « En matière d’agressivité, ce que les femmes vont se prendre sur la gueule, ça n’a rien à voir avec ce que les hommes vont se prendre », déplore-t-elle.

Aujourd’hui éditrice dans le milieu littéraire, elle explique que sa réorientation de carrière a été motivée par plusieurs facteurs, mais que la misogynie en ligne était assurément l’un d’eux. « Je peux pas mentir, c’est sûr que ça joue. L’épuisement, la fatigue : il y a quelque chose qui s’accumule et qui est un irritant », raconte-t-elle. À tel point qu’elle affirme avoir été soulagée lorsqu’elle a quitté la chronique.

Des groupes plus ciblés

 

Les sondages recensés par l’étude sont unanimes : certaines femmes sont plus à risque que d’autres de recevoir des messages haineux. C’est notamment le cas de celles issues de groupes sociaux minoritaires, notamment culturels et sexuels, ainsi que des femmes qui prennent la parole dans les médias.

Un sondage Ipsos cité dans le document mentionne qu’en 2021, 39 % des Canadiennes travaillant dans les médias ont vécu du harcèlement en ligne dans les 12 mois précédents, comparativement à 32 % de leurs collègues masculins. « Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de leurs préjugés inconscients et de leur sexisme internalisé, ils ne se rendent pas compte qu’ils réagissent avec plus d’agressivité aux propos tenus par des femmes », explique Marilyse Hamelin.

D’autres sondages mentionnés dans l’étude illustrent que les conséquences psychologiques et la diminution du sentiment de sécurité sont plus lourdes chez les femmes. Mais ces violences, regroupées sous le terme parapluie d’« hostilité en ligne », touchent au bout du compte tout le monde : « Cette forme de violence affecte l’ensemble des femmes, et donc la société entière du fait que, pour s’en protéger, certaines femmes peuvent éviter d’être actives en ligne ou dans des sphères d’activité publique, ce qui se traduit par une perte de leur apport à la société. »

Des pistes de solution

 

L’étude met en lumière des pistes de solution susceptibles d’atténuer le fléau, à commencer par l’embauche de davantage de personnel responsable d’arbitrer les messages signalés comme haineux ; le personnel assigné à cette tâche chez Facebook et Twitter, notamment, serait encore insuffisant. On relève également qu’au Québec, il n’existe pas d’organisme voué à l’accompagnement des femmes victimes d’hostilité en ligne.

La conclusion de l’étude rappelle que « des leviers pouvant être mieux exploités » par le gouvernement québécois existent et peuvent être utilisés pour diminuer la violence en ligne. « Le fameux conseil qui dit “va pas voir les commentaires”, ça peut pas être comme ça qu’on gère le suivi en ligne envers les femmes qui prennent la parole, soupire Marilyse Hamelin. Il n’y a pas si longtemps, on disait la même chose aux femmes victimes de harcèlement sexuel : “Ignore-le !” »

L’une des dernières phrases du document est d’ailleurs sans équivoque : « La présente étude invite à une mobilisation pour que l’hostilité en ligne envers les femmes soit reconnue, dénoncée et combattue au même titre que le sexisme et la violence qui existent hors ligne. »

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