Des médecins dressés contre l’arsenic de la fonderie Horne

La prévalence de cancers du poumon et les naissances de faible poids paraissent plus fréquentes à proximité de la fonderie, tandis que l’espérance de vie y est plus faible.
Photo: Clarius29 CC La prévalence de cancers du poumon et les naissances de faible poids paraissent plus fréquentes à proximité de la fonderie, tandis que l’espérance de vie y est plus faible.

Une cinquantaine de médecins de Rouyn-Noranda montent au front pour que les émissions d’arsenic de la fonderie Horne, en Abitibi-Témiscamingue, correspondent aux normes du ministère de l’Environnement.

Ils ont cosigné dimanche une lettre ouverte à l’intention du premier ministre du Québec, François Legault, pour lui enjoindre d’imposer à la fonderie « les mêmes normes que l’ensemble du Québec ».

Glencore, l’entreprise qui possède la fonderie, doit renégocier son permis de pollution exceptionnel tous les cinq ans. La prochaine négociation est en cours, et l’attestation doit être signée à l’automne 2022. Pour l’instant, la seule fonderie de cuivre au pays peut émettre jusqu’à 100 nanogrammes d’arsenic par mètre cube (100 ng/m3). La norme prévue par la province est de 3 ng/m3.

Dans ce contexte, le CISSS régional a publié il y a quelques semaines des données sur l’état de santé de sa population. La prévalence de cancers du poumon et les naissances de faible poids paraissent plus fréquentes à proximité de la fonderie, tandis que l’espérance de vie y est plus faible. « Les présentes données ne servent pas à démontrer ou à confirmer de lien de cause à effet entre une exposition spécifique et un état de santé », précisent toutefois les auteurs de l’étude.

Il se passe quelque chose présentement, et ça ne doit pas rester lettre morte; ça doit bouger rapidement

« Il se passe quelque chose présentement, et ça ne doit pas rester lettre morte ; ça doit bouger rapidement », explique au Devoir, l’une des instigatrices de la lettre ouverte, la médecin de famille Marie-Pier Lemieux. « C’est ça qui a fondé la ville, on en est bien conscients. Mais, est-ce que, en 2022, on tolère encore ce coût-là pour la santé ? On n’en est plus là. »

Elle et ses collègues plaident qu’au-delà de la santé, c’est tout l’attrait de la région qui en souffre. « On est une région aux prises avec des pénuries de main-d’oeuvre impressionnantes. Ce n’est rien pour améliorer la situation. Comment attirer des gens dans un endroit où c’est super beau, mais où l’espérance de vie est plus basse ? »

Le directeur national de santé publique du Québec, Luc Boileau, se rendra cette semaine en Abitibi-Témiscamingue pour faire le point sur « le dossier de la santé environnementale dans la région », a indiqué le ministère de la Santé.

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