Le visage lavallois de la crise

Diane Rudacovitch (à gauche) est partie de Saint-Jérôme pour s’installer dans un nouvel appartement à Laval avec ses petits-enfants.
Photo: Julien Cadena Le Devoir Diane Rudacovitch (à gauche) est partie de Saint-Jérôme pour s’installer dans un nouvel appartement à Laval avec ses petits-enfants.

La crise du logement s’installe plus que jamais à Laval. Les logements disponibles se font de plus en plus rares, et les loyers grimpent rapidement et avoisinent désormais ceux de Montréal, au grand désarroi des nombreux locataires qui ont dû se trouver un logement pour le 1er juillet dans des conditions difficiles.

« On a commencé à chercher en février, et ça a pris des mois avant qu’on trouve quelque chose », raconte Andrea Serrano, une jeune femme venue s’installer dans le quartier de Laval-des-Rapides avec son copain. « J’ai habité à Québec, puis à Montréal, et ce n’était vraiment pas comme ça. […]. Je n’ai jamais vu ça », dit-elle, en déplorant la rareté des logements sur le marché.

L’an dernier, le taux d’inoccupation moyen des logements à Laval a atteint 2,2 %. Il chute toutefois à environ 1 % dans plusieurs secteurs, voire à 0,3 % dans les quartiers de Vimont et d’Auteuil, selon les plus récentes données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement. « Ça fait environ un an que c’est comme ça : dès que je mets quelque chose à louer, en une journée, je sais que ça peut être déjà loué. Alors qu’avant, ça prenait une ou deux semaines », explique Dimitri Nasseh, propriétaire d’immeubles de logements locatifs à Laval.

À cela s’ajoute la hausse des loyers, qui est rapide partout sur l’île Jésus. Selon une analyse des annonces publiées sur Kijiji dans les derniers mois réalisée par Le Devoir, le loyer moyen pour un quatre et demie dans la région de Laval — 1430 $ — serait désormais une poignée de dollars plus élevé que sur l’île de Montréal.

« C’est extrêmement cher cette année », indique Diane Rudacovitch, rencontrée vendredi tandis qu’elle s’installait dans un nouvel appartement avec ses petits-enfants. « Déménager ici me coûte 12 000 $ de plus par année par rapport à mon ancien logement, qui était à Saint-Jérôme. Je suis plus près du métro et du bord de l’eau, je paie moins d’essence, mais c’est quand même très cher », dit-elle, en se considérant quand même chanceuse d’avoir trouvé quelque chose qui correspondait à ses critères.

Éviter la rue

 

À l’Office municipal d’habitation (OMH) de Laval, qui vient en aide aux locataires à faible revenu, le téléphone n’a pas dérougi vendredi. « Il y a des logements disponibles, mais il y a un problème d’abordabilité qui est là », constate la directrice générale de l’organisme, Isabelle Pépin. Elle souligne également que bien que les prix avoisinent ceux de la métropole, le parc de logements abordables de Laval est « encore plus faible ».

Quelque 350 ménages dans le besoin ont contacté l’OMH de Laval dans les derniers mois pour obtenir du soutien dans leur recherche de logement. Dix-huit ménages sont d’ailleurs sur la « liste jaune » de l’organisme parce que leur situation est très précaire. Plusieurs d’entre eux devront dormir chez des proches un certain temps, obtenir une extension de bail ou même occuper leur logement actuel sans droit le temps de se trouver un nouveau toit. Parmi ces ménages, trois étaient à risque vendredi de devoir être relogés temporairement à l’hôtel aux frais de la Ville, faute d’une meilleure solution de rechange.

« Pour des gens, de l’hébergement d’urgence, c’est extrêmement stressant », note Mme Pépin.

Encore plus au nord

 

Mais la crise du logement s’étend bien au nord de l’île Jésus. À Piedmont, une municipalité des Laurentides située non loin de Saint-Sauveur, Michel et sa femme, qui ont préféré taire leur nom de famille, vivent depuis novembre dans une petite maison pour laquelle ils déboursent 600 $ par mois. Compte tenu d’importants problèmes de moisissures, le couple de retraités souhaite quitter les lieux. Mais il peine à trouver un logement abordable.

« Il faut qu’on parte », lance avec inquiétude Michel, qui songe à tenter sa chance dans une autre municipalité de la région.

La Ville de Laval s’est justement engagée à tenir un sommet sur l’habitation et l’accès au logement le 26 août. Son maire, Stéphane Boyer, qui coorganise l’événement avec son homologue longueuilloise, Catherine Fournier, entend accueillir plus de 300 personnes de partout au Québec, dont des élus et des représentants des milieux communautaires, pour aborder cette crise qui dépasse dorénavant les frontières de sa municipalité.

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