Un projet de 170 logements sociaux menacé par manque de fonds dans Centre-Sud

Trois bâtiments de logements sociaux étaient prévus sur le site de l’ancienne maison de Radio-Canada. Mais la réalisation de l’un d’entre eux a été stoppée nette par manque de financements.
Marie-France Coallier Archives Le Devoir Trois bâtiments de logements sociaux étaient prévus sur le site de l’ancienne maison de Radio-Canada. Mais la réalisation de l’un d’entre eux a été stoppée nette par manque de financements.

Le terrain où un bâtiment de 170 logements sociaux devait voir le jour, sur le site de l’ancienne tour de Radio-Canada, à l’est du centre-ville, sera cédé à la Ville de Montréal, cette dernière n’ayant pas accès à un financement suffisant pour permettre la concrétisation de ce projet, a appris Le Devoir.

En juin 2021, l’arrondissement annonçait en grande pompe avoir conclu une entente avec le Groupe Mach afin de prévoir l’inclusion de 482 logements sociaux et de 245 appartements abordables sur l’ancien site de Radio-Canada, destiné à accueillir un imposant développement immobilier mixte.

La réalisation de ces logements sociaux était prévue en trois phases, dans autant de bâtiments. La première prévoyait la construction d’un immeuble de 170 logements, qui devait voir le jour à l’intersection du boulevard René-Lévesque Est et de la rue Alexandre-DeSève, dans le quartier Centre-Sud. Ce projet dit « clé en main » était piloté par le Groupe Mach et l’organisme Interloge, qui se spécialise dans la construction et la gestion de logements sociaux.

Selon nos informations, la facture d’ensemble pour la réalisation du projet s’élevait à 58 millions de dollars.

Pas assez de financement

 

Un écart de plusieurs millions de dollars s’est toutefois creusé entre la somme prévue par les promoteurs de ce bâtiment de logements sociaux, aux prises avec la hausse des coûts de construction, et la somme que la Ville était en mesure d’obtenir du programme AccèsLogis afin de financer ces logements. Résultat : ce projet est tombé à l’eau pour des raisons financières, a-t-on appris.

« On n’a jamais été capables de s’entendre avec la Ville pour finalement lui vendre un bâtiment une fois construit, selon ses normes pour le logement social. On a donc annoncé à la Ville qu’on ne pouvait pas construire de logements sociaux pour elle — ce bâtiment-là, du moins — et on a enclenché le processus pour lui céder le terrain. Donc c’est la Ville qui va construire elle-même des logements sociaux à cet endroit », confirme au Devoir le vice-président au développement immobilier du Groupe Mach, Cédric Constantin.

Ce dernier précise que les plans de ce bâtiment étaient prêts. Le projet était donc bien avancé. Le communiqué formulé par la Ville l’été dernier concernant l’inclusion de logements sociaux sur le site de l’ancienne tour de Radio-Canada affirmait que la construction de certains d’entre eux pourrait commencer dès l’automne 2022. « Le projet se développait vraiment rapidement », affirme d’ailleurs par courriel le directeur général d’Interloge, Louis-Philippe Myre.

Or, il faudra maintenant attendre jusqu’à la fin de 2023, simplement pour terminer le processus de cession du terrain qui devait accueillir 170 logements sociaux. Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, assure d’ailleurs qu’il entend ensuite réaliser le « projet de logement social prévu » sur ce site, mais encore devra-t-elle avoir la capacité de le financer.

« C’est difficile pour nous et c’est difficile pour la Ville. […] Malheureusement, on en est tous victimes », du manque de financement consacré au logement social, soupire M. Constantin. Par écrit, le cabinet de la mairesse Plante a d’ailleurs lui aussi parlé des « balises » du programme AccèsLogis et du manque de « sommes actuellement disponibles » dans ce programme pour justifier cette situation.

« Nous continuons nos démarches auprès des gouvernements du Canada et du Québec afin d’accélérer et de réussir le développement mixte de ce secteur », ajoute le cabinet, qui souligne que les projets de logements sociaux prévus sur ce site sont « essentiels ».

Entre-temps, le coordonnateur du Comité logement Ville-Marie, Éric Michaud, rappelle que les besoins en matière de logements sociaux sont particulièrement importants dans le quartier Centre-Sud, où les locataires à faible revenu pâtissent d’un embourgeoisement « accéléré ». « De nombreux ménages vont devoir se magasiner un logement on ne sait pas où dans la grande région de Montréal », déplore-t-il.

Cédric Constantin a pour sa part bon espoir que les deux autres bâtiments de logements sociaux prévus sur le site pourront se réaliser. « C’est encore possible pour les autres », assure-t-il. Mais pour M. Michaud, l’espoir est mince. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Mais si l’on en juge les actions du gouvernement actuel, c’est assez désespérant », laisse-t-il tomber.

En attente d’une entente

Au cours des consultations prébudgétaires, la Ville avait réclamé 265 millions de dollars pour réaliser d’ici 2025 les quelque 2000 logements d’AccèsLogis promis dans les dernières années pour Montréal, mais qui n’ont toujours pas été livrés. Elle a finalement récolté 30 millions dans le budget 2022 du gouvernement Legault, qui a concentré ses investissements dans un nouveau programme visant à accélérer la construction de logements abordables au Québec.

« Pendant que Québec et Ottawa discutent de virgules sur des formulaires, les familles [des quartiers] Sainte-Marie et Saint-Jacques qui cherchent un logement respectueux de leur capacité de payer en paie le prix », se désole Louis-Philippe Myre. Ce dernier presse ainsi Québec et Ottawa de s’entendre en matière de financement du logement social afin que les fonds promis « descendent dans les municipalités au plus vite ».

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, n’était pas disponible pour commenter ce dossier vendredi.

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