Demande d’action collective contre l’Église déposée à Sherbrooke

Le secret papal empêchait jusqu’en décembre 2019 la libre diffusion par l’Église des plaintes et des divers documents liés entre autres aux agressions sexuelles.
Photo: Myriam Leblond Le Devoir Le secret papal empêchait jusqu’en décembre 2019 la libre diffusion par l’Église des plaintes et des divers documents liés entre autres aux agressions sexuelles.

De nouvelles allégations d’agressions sexuelles ont mené à une demande d’action collective contre l’Archidiocèse de Sherbrooke. Si celle-ci devait être approuvée, les plaignants devraient prouver devant la Cour supérieure du Québec que l’Église catholique n’a pas su prendre les mesures nécessaires pour prévenir ou faire cesser de telles actions.

La victime présumée, qui souhaite représenter le groupe, est un homme de 84 ans nommé A. B. dans le document de cour. Il affirme avoir subi des attouchements sexuels sur une base régulière pendant plusieurs années dès 1949 de la part de l’abbé Edmond Doran, qui oeuvrait pour la paroisse Saint-Isaac-Jogues. À l’époque, il était âgé de 12 ans. Il aurait également surpris l’abbé Doran en train de toucher sa soeur.

Le demandeur relate les nombreuses séquelles liées aux agissements décrits : cauchemars, irritabilité, crises d’angoisse, culpabilité, honte, dysfonction sexuelle, sentiment d’impuissance et énurésie ne seraient que quelques-unes des conséquences vécues par l’octogénaire. Il aurait également traversé des périodes de dépression et tenté de mettre fin à ses jours à plus d’une reprise à cause des événements allégués.

En compensation, le demandeur et les autres membres de l’action collective réclament chacun un montant total de 600 000 $, dont 150 000 $ à titre de dommages punitifs.

Le père Doran n’en serait pas à sa première accusation. Le vicaire, aujourd’hui décédé, serait aussi impliqué dans une autre affaire alléguée d’agression sexuelle sur mineur, survenue au début des années 1970 et pour laquelle l’Archidiocèse de Sherbrooke fait l’objet d’une poursuite individuelle, comme rapporté dans les médias en 2020.

Le cabinet d’avocats Arsenault, Dufresne, Wee, qui représente le demandeur, n’était pas en mesure de préciser le nombre de personnes s’étant inscrites à la demande d’action collective, car de nouvelles victimes présumées continuent de se joindre au groupe.

« Ça crée une occasion historique pour des victimes de s’adresser aux tribunaux et d’avoir un procès, affirme l’avocat Justin Wee en entrevue au Devoir. C’est pour ça que pour nous, une action collective est le véhicule procédural le mieux adapté pour ce genre de dossier. »

Levée de la « culture du secret »

Me Wee compte profiter de l’abolition du secret papal pour soutenir ces allégations. Cette règle empêchait jusqu’en décembre 2019 la libre diffusion par l’Église des plaintes et des divers documents liés entre autres aux agressions sexuelles.

« C’est vraiment la preuve qu’il y avait une chape de plomb qui existait à l’interne, souligne-t-il. Ce qu’on demande chaque fois aux institutions religieuses qu’on poursuit, une fois l’autorisation passée, c’est d’avoir accès à ces fameux dossiers qui avant étaient couverts par le secret papal. »

Contacté à ce sujet, l’Archidiocèse de Sherbrooke a préféré ne pas se prononcer. « Par respect pour le processus judiciaire, nous n’émettrons aucun autre commentaire en lien avec ce dossier », a-t-on laissé savoir par courriel.

Tous les faits mentionnés à ce stade ne restent que des allégations qui doivent d’abord être prouvées au cours d’un éventuel procès, si un juge accepte d’entendre cette requête.

Cette demande survient seulement deux jours après qu’une précédente action collective contre une institution catholique a été autorisée, cette fois contre le Diocèse de Trois-Rivières.

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