Colère et solidarité au Québec après l’invalidation de «Roe v. Wade»

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche pour défendre le droit à l’avortement, devant le palais de justice de Montréal.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche pour défendre le droit à l’avortement, devant le palais de justice de Montréal.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche pour défendre le droit à l’avortement, devant le palais de justice de Montréal.

« En colère et solidaire », scandait la foule, venue non seulement soutenir les femmes américaines après l’invalidation de l’arrêt Roe v. Wade vendredi, mais aussi rappeler qu’il faut rester vigilant.

En colère ? « C’est un faible mot ». Anabel Proulx Gaston avait « la rage […] parce qu’il y a une guerre contre les femmes ». « On n’a pas eu à faire ça, nous [lutter pour obtenir le droit à l’avortement]. Je pensais que mes droits étaient égaux à ceux des hommes, je ne pensais pas que j’avais à me battre. »

Maggie Butler et James Martino, deux habitants du Wisconsin en vacances au Canada, ont eux aussi fait le déplacement. Tous deux se sont dits « accablés » par l’annonce « horrible » de la Cour suprême, à tel point qu’ils ont songé à rester au Canada.

« Nous savions que ça allait arriver, à cause de la fuite [de la réflexion de la Cour suprême en mai], mais le fait que ce soit vraiment là, c’est dur », a commenté M. Martino. Le couple, qui n’a « pas hâte de rentrer » au pays, pense toutefois qu’il est « important de rester [sur place] et de se battre pour les gens qui ont perdu leurs droits ».

Brigitte Morin, elle, est venue manifester pour sa fille de 17 ans. La factrice déplore que son enfant ne considère pas l’invalidation de Roe v. Wade comme un problème. « Elle est au courant, sauf que, pour elle, ce qu’il se passe aux États-Unis, c’est très loin. Elle pense que ça n’arrivera jamais au Canada. »

La menace d’un tel bouleversement au Canada pour les droits des femmes est pourtant bien ce qui inquiète les manifestants.

« Il n’y a aucun acquis », a lancé Jordane Saumure. « Ce n’est pas juste le droit à l’avortement qui est en jeu quand on parle du contrôle du corps des femmes. Ça déborde sur plein d’autres sujets, comme la contraception, les droits homosexuels, les droits trans. C’est épeurant, honnêtement », a renchéri son amie Charlotte Roy.

Des craintes au pays

 

Plusieurs craignent aussi que la victoire des militants anti-avortement aux États-Unis donne un élan de motivation aux mouvements anti-choix canadiens. « C’est difficile de pas avoir une petite crainte [qu’ils] voient ça comme une occasion de se lancer à fond dans la mobilisation pour faire exactement la même chose », explique Alexandra Roy.

L’événement de dimanche visait donc aussi à « mettre en garde tous ceux qui voient la décision de vendredi comme une victoire pour le mouvement anti-choix, ici au Québec », a exprimé dans un discours Jess Legault, co-coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).

« Le message qu’il faut envoyer, c’est qu’on n’a pas peur, qu’on va parler, qu’on va se mobiliser », a indiqué la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Mélanie Ederer.

Garantir l’accès

Au Canada, le droit à l’avortement est défendu par l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que par l’arrêt Morgentaler. Mais l’accès direct à des cliniques n’est pas équitablement garanti à travers le pays.

« On est chanceux au Québec, parce que c’est vraiment plus ancré dans notre culture, mais dans certaines provinces plus conservatrices, il est très difficile d’avoir accès à l’avortement », a avancé le juriste Steph Couture-Vanasse, présent parmi les manifestants.

Mme Ederer a abondé en ce sens, réclamant en plus de la législation existante « un droit réel et physique pour toutes les femmes et les personnes qui peuvent être enceintes ».

Questionnée sur le rôle que devraient jouer les gouvernements provinciaux et fédéral, Charlotte Roy a répondu qu’ils devraient se préparer à une hausse de la demande d’avortements au Canada. « C’est sûr que les États proches de la frontière vont tous s’en venir ici, puis on n’est pas prêts. On n’est vraiment pas prêts. Il n’y a pas tant de cliniques d’avortement que ça au Canada. »

« Quand les États-Unis ont la grippe, le Canada se met à tousser », a résumé Em, une manifestante croisée devant le palais de Justice.

Des manifestations similaires organisées par la FQPN ont également eu lieu dimanche midi devant les palais de justice de Québec, de Sherbrooke, de Rimouski, de Trois-Rivières, de Salaberry-de-Valleyfield, de Magog et de Longueuil.

 

La dernière citation de Mélanie Ederer dans ce texte a été modifiée pour mieux refléter ses propos.

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