Le renversement de «Roe v. Wade» suscite consternation et inquiétudes au Canada

Des manifestantes pro-choix devant le Parlement à Ottawa en mai 2022.
Lars Hagberg Agence France-Presse Des manifestantes pro-choix devant le Parlement à Ottawa en mai 2022.

Colère, indignation, tristesse : une pluie de réactions a déferlé au Canada après l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade qui garantissait, avec certaines limites, le droit à l’avortement aux États-Unis.

Cette décision est « vraiment exaspérante », déplore Kelly Day, une Américaine qui habite à Montréal depuis un an, en entrevue avec Le Devoir. « C’est déprimant pour toutes ces Américaines de se sentir impuissantes, se désole la femme de 44 ans. De sentir qu’elles n’ont pas le contrôle de leur santé et de leur vie. »

Le jugement rendu public vendredi permet aux États américains de restreindre ou d’interdire à leur guise les avortements à l’intérieur de leurs frontières. « C’est un jour de recul », affirme Valérie Beaudoin, chercheuse associée à la Chaire Raoul-Dandurand. Cela ramène les États-Unis à un « univers pré-1973 », année où a été rendue la décision Roe v. Wade.

Pour Mme Day, la révocation de la décision était « malheureusement prévisible », puisque la Cour suprême est maintenant dominée par des juges conservateurs. « C’est déprimant de ne pas être surpris », souffle l’étudiante de l’Université Concordia, originaire de la Californie.

La mère de trois enfants s’inquiète du sort des Américaines, notamment pour leur santé mentale. « Le fait d’enlever des options [aux femmes] causera beaucoup de traumatismes », estime Kelly Day. Cette dernière se dit soulagée de pouvoir élever sa fille à Montréal, un endroit où les cliniques d’avortement sont accessibles. « Quand elle grandira, elle pourra prendre ses propres décisions et recevoir les soins dont elle aura besoin », fait-elle voir.

Kelly Day admet se sentir coupable de ne pas être aux États-Unis aux côtés de ses consoeurs, qui ressentent « de la colère, de la frustration et de la tristesse ».

Un « tourisme médical » ?

La décision de vendredi affectera surtout les femmes marginalisées et pauvres, souligne Valérie Beaudoin. Cette dernière explique que certaines Américaines devront se déplacer, et donc débourser plus d’argent pour pouvoir avorter.

Au sujet des répercussions en sol canadien, une forme de « tourisme médical pour les avortements » pourrait émerger, estime la chercheuse.

Pour Jessica Legault, co-coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), le jugement rendu vendredi donne lieu à « une situation dégoûtante ». Lorsque l’avortement n’est pas légal et sécuritaire, « les femmes en souffrent et en meurent », dit-elle. « On est découragées et inquiètes pour les Américaines », déplore-t-elle.

Des manifestations se tiendront dimanche prochain, à midi, devant les palais de justice du Québec. Pour les municipalités qui n’en possèdent pas, elles auront lieu devant les hôtels de ville. Mme Legault invite les protestataires à s’habiller en noir, « en signe de deuil, de solidarité et de colère ». Le but est de prouver « qu’on a un mouvement pro-choix en veille et en action contre n’importe quel obstacle qu’on pourrait mettre au droit à l’avortement au Québec », a-t-elle expliqué.

Sur le plan politique, Valérie Beaudoin souligne que « lorsqu’il se passe quelque chose du côté des États-Unis, on se pose des questions au Canada ». Les élus seront questionnés pour savoir « s’ils sont en faveur ou non du choix des femmes », dit-elle.

Ne permettre « aucun recul »

Sur Twitter, le premier ministre Justin Trudeau a soutenu qu’aucun « gouvernement, aucun politicien, ni aucun homme ne devraient dicter à une femme ce qu’elle peut faire ou ne pas faire avec son corps ». « Je tiens à ce que les Canadiennes sachent que nous allons toujours défendre votre droit de choisir », a-t-il précisé.

Il s’agit d’un « triste recul pour les droits et libertés des femmes », a gazouillé le premier ministre du Québec, François Legault. La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a assuré qu’au Québec, « on ne laissera jamais » le droit à l’avortement être remis en question.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a qualifié vendredi de « jour sombre pour les femmes et leurs droits et libertés ». « On doit continuer de se battre pour que nos filles aient toujours plus de droits que nous, pas moins », a-t-elle lancé sur les réseaux sociaux.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a dénoncé « une décision dangereuse pour les femmes américaines ». La députée a aussi souligné que les Québécoises ne sont pas toutes égales en matière d’accès à l’avortement. « Nous devrions aussi être en mesure d’offrir ces services à nos soeurs américaines qui le demanderaient », a-t-elle dit.

La députée péquiste Méganne Perry Mélançon a soutenu que « le Québec ne doit jamais permettre de recul » en matière de droit à l’avortement.

 

Avec Stéphanie Marin et La Presse canadienne



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