La pollution de l’air liée aux automobiles, un problème « sournois », mais bien réel

Un Canadien sur trois habite à moins de 250 m d’une route principale.
Marie-France Coallier Le Devoir Un Canadien sur trois habite à moins de 250 m d’une route principale.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 21 juin. Pour vous abonner, cliquez ici.

« Le problème avec la pollution de l’air, c’est que c’est sournois. » Dans sa pratique de médecine familiale, Claudel Pétrin-Desrosiers entend très rarement des patients s’inquiéter des effets de la pollution de l’air sur leur santé. Pourtant, les particules toxiques qui flottent autour de nous tous posent des dangers considérables.

« C’est un problème super important, mais silencieux, dont on ne parle pas régulièrement, et sur lequel j’ai très peu de leviers comme médecin dans ma clinique », dit celle qui, en plus de travailler au CLSC d’Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, est présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME).

Pour outiller les médecins et les décideurs, un regroupement canadien dont fait partie l’AQME a récemment réalisé une grande revue de littérature scientifique sur les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique liée à la circulation automobile.

Du millier d’articles scientifiques auscultés par les auteurs de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), des constats inquiétants émergent. Ces dangers concernent une large part de la population — un Canadien sur trois habite à moins de 250 m d’une route principale.

Voici un florilège d’études citées dans le rapport :

  • À Pékin, les adultes qui résident à moins de 100 m d’une route principale sont environ 2,5 fois plus susceptibles de souffrir de toux chronique que ceux qui habitent à plus de 200 m.
  • En Pologne, les enfants qui vivent dans des zones de forte densité de circulation automobile sont environ deux fois plus susceptibles de souffrir d’asthme que ceux qui vivent ailleurs.
  • En Tasmanie, les adultes vivant à moins de 200 m d’une route principale ont environ cinq fois plus de risques d’obtenir un diagnostic d’asthme persistant que ceux qui vivent ailleurs.
  • En Estonie, la prévalence des maladies cardiaques est environ deux fois plus élevée chez les personnes qui habitent à moins de 150 m d’une route principale que chez celles qui habitent plus loin.
  • En Ontario, on a découvert une augmentation statistiquement significative des cas de démence chez les personnes qui habitent à moins de 300 m d’une route principale.
  • En Suède, l’exposition à long terme aux gaz d’échappement des moteurs diesel dans le contexte du travail a été associée à un risque environ 66 % plus élevé de développer un cancer du poumon.
  • En Californie, une exposition des femmes enceintes à certains polluants atmosphériques typiques du transport routier a été associée à une augmentation d’environ 20 % des risques de naissance prématurée.

Comment expliquer que la pollution aérienne puisse ainsi mettre à mal la santé humaine ? L’hypothèse principale, explique la Dre Pétrin-Desrosiers, repose sur l’inflammation.

« Ces substances créent d’abord de l’inflammation dans les poumons, dit-elle. Mais une fois que c’est dans le sang, ça va partout dans le corps : le coeur, les reins, le cerveau, le système reproducteur. C’est nocif pour tous les organes du corps, à toutes les étapes de la vie. »

Cumulativement, ces affronts contre le corps humain réduisent l’espérance de vie chez les personnes les plus exposées. Santé Canada estime que la pollution de l’air provoque chaque année 15 000 décès prématurés.

Pour améliorer la situation, les auteurs de l’ACME font quelques recommandations en vertu des résultats de leur recherche. Ils évoquent notamment la diminution du recours aux véhicules à essence, le filtrage de l’air intérieur et le verdissement des villes.

La Dre Pétrin-Desrosiers espère qu’en mettant en place ces solutions — certaines à court terme, d’autres à long terme —, ses patients qui habitent près de la rue Notre-Dame, un axe routier très achalandé dans l’est de Montréal, se porteront un peu mieux.

À voir en vidéo