Nouvelle intervention policière dans un bureau de passeports

Plusieurs personnes qui n’ont pas obtenu de rendez-vous s’apprêtaient à passer leur deuxième nuit dehors. Sur la photo, des gens attendent au complexe Guy-Favreau, à Montréal, le 8 juin dernier.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Plusieurs personnes qui n’ont pas obtenu de rendez-vous s’apprêtaient à passer leur deuxième nuit dehors. Sur la photo, des gens attendent au complexe Guy-Favreau, à Montréal, le 8 juin dernier.

L’interminable attente pour renouveler son passeport et la frustration qui en découle se sont poursuivies pour des dizaines de personnes lundi matin au complexe Guy-Favreau, à Montréal, alors que deux policiers ont été dépêchés pour inciter des gens à quitter les lieux.

« Vers 10 h, un appel a été lancé par la sécurité parce que beaucoup de gens étaient impatients. Deux policiers ont invité les gens qui étaient un peu impatients à partir », a détaillé le relationniste du Service de police de la Ville de Montréal Raphaël Bergeron. Il ajoute qu’aucune arrestation ou aucun constat d’infraction n’a été remis.

Lors du passage du Devoir au Complexe Guy-Favreau, lundi en fin d’après-midi, l’ambiance était calme, mais incontestablement morose. Des chaises de camping abandonnées trônaient parmi les centaines de personnes agglutinées devant ou dans le bureau des services de passeport. En l’absence d’indications claires, diverses files s’étaient créées devant l’entrée du local, tandis que les agents de sécurité peinaient à répondre aux nombreuses demandes d’informations des personnes présentes. D’autres apportaient de la nourriture à leurs proches qui patientaient à l’intérieur du local.

Gontran Chartré est l’un de ceux qui n’ont pas obtenu de rendez-vous et qui ont dû quitter l’endroit. Joint au téléphone quelques heures après son passage avorté au bureau des passeports, l’homme qui patientait depuis cinq heures du matin était encore choqué de la gestion de la file par le personnel sur place. « Un moment donné, quelqu’un est venu nous dire “c’est fini, rentrez chez vous”, alors qu’ils [la sécurité] nous avaient dit que si on suivait la file, on aurait un rendez-vous, raconte-t-il. Ils nous ont juste dit de sortir et ils ont appelé la police. »

M. Chartré déplore également l’attitude « condescendante » du personnel sur place. « Il y a des gens qui coupaient la file, et les gardes de sécurité nous regardaient en souriant, ils n’intervenaient pas », évoque-t-il, une colère palpable dans la voix. « J’imagine qu’ils en ont plein leur casque, mais la communication était terrible. »

Lors de la venue des policiers, M. Chartré affirme avoir vu plusieurs personnes « se mettre à pleurer » lorsqu’elles ont compris qu’elles n’auraient pas leur passeport à temps pour voyager. « Il y a des gens pour qui c’est une catastrophe, aujourd’hui », se désole-t-il, alors qu’il avait lui-même prévu de partir en Italie mercredi avec ses enfants afin d’y rejoindre sa copine.

Des interventions policières ont déjà eu lieu vendredi dernier au bureau de Service Canada à Laval, et mardi dernier au bureau de Saint-Laurent.

Une foule excédée

 

Rencontrée sur place, Clémence est l’une des chanceuses qui ont réussi à obtenir un ticket pour un rendez-vous la journée même. Arrivée en file à quatre heures du matin, elle a patienté à l’étage du dessous quelques heures. Elle s’est ensuite rendue à l’étage du bureau des passeports pour « explorer un peu » et a réussi à y obtenir un des tickets donnés « aléatoirement » par les responsables, selon ses dires. Elle affirme avoir vu « plusieurs policiers » débarquer en fin d’avant-midi.

Dans la file pour les personnes ayant un rendez-vous, François et Christine patientaient dans l’espoir de ne pas avoir à annuler leur voyage pour une deuxième fois. « J’ai pris mon rendez-vous début mai sur Internet pour avoir mon passeport, en précisant que j’en aurais besoin dans deux à cinq jours ouvrables, mais on m’a donné un rendez-vous un mois et demi plus tard, raconte François. On était censés aller aux États-Unis à la fin mai. » Ils espèrent que leur nouveau voyage, prévu le 31 juillet, ne connaîtra pas le même sort.

À l’extérieur, la file pour le lendemain comptait déjà plus d’une soixantaine de personnes vers 16 h. Certains dormaient par terre ou sur leurs chaises de camping tandis qu’un duo assis par terre dégustait des chips et de la salsa, l’air hagard. Un homme avait apporté une rallonge électrique pour brancher son ordinateur afin de s’adonner au télétravail, et un groupe de gens qui s’apprêtaient à passer leur deuxième nuit dehors demandaient quant à eux aux personnes en file d’écrire leur nom sur une feuille de papier. Ils comptaient la donner au personnel du Complexe dès le lendemain afin que l’ordre d’arrivée soit respecté.

Vives réactions aux communes

 

Les bureaux de Service Canada seront exceptionnellement ouverts le 24 juin et le 1er juillet, qui sont des jours fériés, a annoncé lundi en Chambre la secrétaire parlementaire au ministère de la Famille, des Enfants et du Développement social, Ya’ara Saks. Elle a ajouté que la semaine dernière, 48 000 passeports ont été remis au pays. Cela n’a pas suffi à calmer les ardeurs du Bloc québécois et du Parti conservateur, qui ont vertement dénoncé l’attente interminable aux bureaux de Service Canada.

« Quand est-ce qu’ils vont arrêter d’improviser et ouvrir les bureaux le soir et les fins de semaine jusqu’à ce que la crise soit enfin réglée », a lancé le député bloquiste Alain Therrien en Chambre. « Le Canada est un pays du G7, pas un pays du tiers-monde », s’est quant à lui scandalisé Gérard Deltell, du Parti conservateur. La ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould, n’était pas en Chambre puisqu’elle visitait un centre de traitement des demandes de passeports à Mississauga, en Ontario, pour déterminer les moyens d’en améliorer l’efficacité.

Avec Boris Proulx

À voir en vidéo