Les hostilités se poursuivent au lancement de l’année Lévesque

Remarques tranchantes et allusions claires ont été à l’honneur lors du lancement de l’année Lévesque, lundi soir à la Grande Bibliothèque, à Montréal, tandis que Lucien Bouchard est revenu sur ses propos récemment tenus à l’égard du Parti québécois (PQ).

Le gratin de la politique québécoise était réuni au centre-ville pour honorer la mémoire de René Lévesque, dont c’est le centième anniversaire de naissance cette année. Les chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale ont tous pris la parole dans une cérémonie officielle animée par Annie-Soleil Proteau.

L’un des premiers à prendre la parole, l’ancien premier ministre péquiste et président d’honneur de l’année Lévesque, Lucien Bouchard, n’a pas contourné la controverse qui sévit dans les rangs indépendantistes depuis maintenant deux semaines. « J’ai vu récemment [..] que les héritiers de Lévesque n’ont rien perdu de leur capacité à réagir avec leur vigoureuse promptitude », a noté M. Bouchard avec humour.

Lors d’une entrevue accordée à Radio-Canada, M. Bouchard avait estimé que le PQ était un « véhicule usé » qui ne « mérite pas de très bien aller », ce qui avait suscité l’ire de plusieurs indépendantistes. Lors de son discours lundi soir, il a néanmoins qualifié ces remarques d’« intempestives » et a ajouté qu’il les « formulerait autrement aujourd’hui ».

De son côté, François Legault a honoré la mémoire de René Lévesque en évoquant un thème qui lui est cher — la fierté québécoise — et a qualifié René Lévesque de « créateur de fierté ». « [Il] nous a libérés de notre mentalité de “nés pour un petit pain”. Il nous a donné confiance en nous-mêmes », a ajouté le premier ministre. « C’est René Lévesque qui m’a intéressé à la politique. »

Remarques tranchantes

Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas hésité à lancer ce que certains pourraient considérer comme une allusion à François Legault en parlant de René Lévesque. « Il ne cherchait pas le plus petit dénominateur commun en quête du plus grand nombre de votes, jamais il ne cédait à la démagogie, jamais il ne nous montait les uns contre les autres », a-t-il déclaré, ce qui a suscité quelques murmures dans la salle.

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, y est également allé de remarques évocatrices en parlant de Lévesque. « Gageons qu’il aurait employé les mots “faux-semblant” et “hypocrisie” pour qualifier l’actualité politique des dernières semaines », a-t-il lancé, citant ces expressions qu’a déjà employées René Lévesque. Invité à poursuivre sur le sujet lors d’un point de presse, après son discours, il a évoqué l’héritage du parti : « Il y a eu beaucoup d’anciens péquistes qui ont tellement donné pour qu’on devienne un pays, et on a tendance à les honorer sans mentionner l’essentiel. Ça prenait quelqu’un ce soir pour mentionner l’essentiel. »

Le chef péquiste n’avait initialement pas été invité à prendre la parole lors de l’événement, ce qui a suscité une controverse politique dans les dernières semaines. La Fondation René-Lévesque lui a finalement adressé une invitation la semaine dernière. De tous les orateurs présents, c’est lui qui a obtenu les applaudissements les plus nourris au moment de monter sur le podium.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, s’est pour sa part faite plus consensuelle en évoquant les faits marquants de la carrière de René Lévesque. « C’est [son] ouverture au monde et à l’autre qui a permis à René Lévesque de conquérir le cœur des Québécois », a-t-elle souligné.

Création d’un prix de journalisme

François Legault a profité de son allocution pour annoncer la création du prix René-Lévesque, qui sera décerné dès 2023 dans le cadre des Prix du Québec et qui récompensera un ou une journaliste ayant eu un apport significatif dans la profession. « C’est une belle manière d’immortaliser la contribution de René Lévesque au journalisme québécois », s’est réjoui le premier ministre. Il s’agira de « la plus haute distinction attribuée par le gouvernement du Québec » dans le domaine du journalisme.

La cérémonie était précédée d’un cocktail, où de nombreux politiciens et ex-politiciens connus ont pu échanger quelques mots, un verre à la main. Dans le hall de la Grande Bibliothèque se sont notamment retrouvés plusieurs leaders historiques et actuels du mouvement indépendantiste.

Lucien Bouchard et le député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, se sont d’ailleurs salués chaleureusement en dépit des sévères critiques récemment effectuées par Bouchard à l’égard du PQ. « Ça m’a déçu, ce qu’il a dit, mais maintenant, c’est du passé », a expliqué Pascal Bérubé au Devoir. St-Pierre Plamondon a également affirmé en point de presse ne pas en vouloir à Bouchard, soulignant plutôt que la controverse a « eu le mérite de lancer le débat sur l’importance, la nécessité de parler de notre statut politique, de parler de l’indépendance du Québec. »

Claude et Suzanne Lévesque, respectivement le fils et la fille du fondateur du PQ, ont également prononcé une courte allocution lors de la soirée, tout comme le chef de la direction de Québecor et ancien chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, dont l’entreprise est le présentatrice officielle des commémorations.

Cette cérémonie constituait le lancement de l’année Lévesque, qui fait office de commémorations pour célébrer le centième anniversaire de naissance du célèbre politicien. Il s’agit d’une initiative de la Fondation René-Lévesque, qui organise pour l’occasion plusieurs activités à la mémoire de l’homme.



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