Des jeunes organisent une veillée en soutien aux mineurs victimes de violences sexuelles

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, environ 1 femme sur 9 et 1 homme sur 20 au Québec ont déclaré avoir subi une agression sexuelle par une personne adulte avant l’âge de 15 ans.
Lise Denis Selon l’Institut national de santé publique du Québec, environ 1 femme sur 9 et 1 homme sur 20 au Québec ont déclaré avoir subi une agression sexuelle par une personne adulte avant l’âge de 15 ans.

Le collectif La voix des jeunes compte et l’organisme Hoodstock, qui milite contre les inégalités systémiques, ont tenu vendredi soir une veillée en soutien « à toutes les jeunes victimes de violences sexuelles qui n’ont pas eu la chance d’être protégées, entendues ou crues », devant les bureaux montréalais du ministère de l’Éducation.

« Le simple fait qu’on ait à faire un tel rassemblement est honteux. Pas pour nous, mais pour le gouvernement, censé nous protéger », a accusé Amélie Cloutier, étudiante en 5e secondaire, qui est « comme bien d’autres, une victime d’agression sexuelle ».

Le collectif, qui regroupe des jeunes femmes de 15 à 21 ans, dénonce l’inaction du gouvernement. Cela fait plus de cinq ans que La voix des jeunes compte réclame l’adoption d’une loi-cadre conférant aux élèves du primaire et du secondaire les mêmes protections que celles accordées aux étudiants des cégeps et des universités.

Depuis 2017, les établissements d’enseignement supérieur sont obligés d’adopter un code de conduite ainsi qu’un processus de plainte, d’intervention et de sanction pour combattre les violences sexuelles. Mais la loi exclut les établissements d’enseignement primaire et secondaire.

Pourtant, au Québec « plus de la moitié des victimes ne sont même pas majeures », souligne Kenza, membre du collectif. Selon l’Institut national de santé publique du Québec, « environ 1 femme sur 9 et 1 homme sur 20 au Québec ont déclaré avoir subi une agression sexuelle par une personne adulte avant l’âge de 15 ans ».

Souhaitant étendre l’application d’un code de conduite aux établissements d’enseignement primaire et secondaire, la députée de Sherbrooke pour Québec solidaire, Christine Labrie, a déposé en octobre 2021 le projet de loi 394, qui n’a, à ce jour, pas été adopté.

« Pendant que nous attendons, ce sont des jeunes que nous mettons en danger. Parce que même si l’école tire à sa fin pour laisser place à l’été, les violences sexuelles, elles, ne prennent pas de vacances », a fait valoir Alexandra Dupuy, co-coordinatrice du collectif.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’appuie plutôt sur son projet de loi 9, le Protecteur national de l’élève (PNE). Mais « on peut pas appliquer les mêmes solutions à l’intimidation qu’aux violences sexuelles », avance Mme Dupuy. « Le collectif demande une loi-cadre à part parce que les violences sexuelles comportent des nuances que l’intimidation n’a pas », ajoute-t-elle.

« Poser des mots »

Après une conférence de presse donnée par des représentants du collectif à l’Assemblée nationale le 24 mai, M. Roberge a proposé d’imposer des formations à « toutes les personnes qui interviennent avec les jeunes », explique Mme Dupuy. Mais elle estime que ce n’est pas assez, puisque ce nouveau volet du PNE n’inclut ni « cours d’éducation à la sexualité obligatoires pour les jeunes » ni offres de « service de soutien psychologique ».

« Aucune éducation n’est mise en place. On incite juste à dénoncer puis à punir. Mais si on veut régler une problématique, il faut que ce soit fait dès le jeune âge, à travers l’éducation, à travers le respect des limites du consentement », renchérit Kenza.

Parmi la trentaine de personnes présentes vendredi soir, plusieurs ont insisté sur l’importance de « poser des mots » sur leurs agressions. Selon Mme Dupuy, de nombreux jeunes ne sont pas conscients qu’ils ont vécu des violences à caractère sexuel. « On demande une loi pour que tout le monde soit alerte », résume Sha’nyce.

Elle aussi a été victime d’une agression sexuelle au secondaire, alors qu’elle avait 14 ans. « Moi, on ne m’a pas crue, on ne m’a pas soutenue, mais on m’a demandé de marcher aux côtés de mes agresseurs. On m’a demandé d’adhérer à la loi du silence. » Elle souhaite désormais que le dévoilement soit facilité par la présence de « ressources d’aide et de prévention directement dans les écoles ».

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