Duhaime part en guerre contre le tramway

Devant des centaines de manifestants, Éric Duhaime a promis de faire du tramway un des enjeux au cœur de la campagne électorale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Devant des centaines de manifestants, Éric Duhaime a promis de faire du tramway un des enjeux au cœur de la campagne électorale.

Malgré la pluie abondante, quelques centaines de personnes ont répondu à l’appel d’Éric Duhaime, jeudi soir à Québec, pour crier «tramway, no way» jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Le chef conservateur a entonné le refrain des «élites» contre le «peuple», convaincu que le parterre d’opposants étalé devant lui représentait la «majorité silencieuse.»

«Vous êtes je ne sais pas combien de centaines, a applaudi M. Duhaime. Vous représentez des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes à Québec!»

Le chef conservateur, qui assurait, il n’y a pas si longtemps, que «son but n’est pas d’être à la tête des manifestations», a pourtant promis de les multiplier d’ici le 3 octobre prochain pour faire avorter le tramway.

«Je peux vous signer un papier, l’enjeu du tramway va être au cœur de la campagne électorale, que François Legault le veuille ou non!» a-t-il promis à la foule blottie sous les parapluies. Si la CAQ prend le pouvoir, le 3 octobre prochain, assure-t-il, «ça voudra dire que les gens veulent [le tramway]. On va abandonner.»

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

«Aucune acceptabilité»

Qu’importe si l’élection municipale a porté une forte majorité d’élus favorables au tramway à l’hôtel de ville : pour le chef conservateur, à 44 % d’appui au sein de la population selon le dernier sondage commandé par la Ville, il ne jouit d’«aucune acceptabilité».

«D’habitude, quand on prend 100 % du monde et qu’on soustrait 44, il reste toujours bien 56. Ces gens-là sont pas importants? Ces gens-là, ça ne compte pas?» s’indigne l’ancien chroniqueur. Ces gens-là, ce ne sont pas une majorité?»

À l’officialisation de sa candidature dans la circonscription de Chauveau, Éric Duhaime avait matraqué les mesures sanitaires mises en place pendant la pandémie. Le parterre de gens réunis devant lui, assurait-il alors, représentait lui aussi «la majorité silencieuse» dont il promet de porter les revendications jusqu’au Salon bleu.

Jeudi, il se faisait le défenseur de la population contre une élite prête à débourser près de 4 milliard de dollars contre son gré.

«Les gens se sont fait mentir élection après élection après élection par rapport à ce projet-là», déplore M. Duhaime. Lui-même emprunte toutefois quelques raccourcis dans son argumentaire, notamment lorsqu’il déplore l’«araignée de fils» qui obscurcira le ciel de Québec une fois le tramway construit. La Ville, au contraire, entend profiter de son arrivée pour mutualiser les câbles qui longent le tracé et les rendre moins apparents.

La gratuité plutôt que le tramway

 

Assurant ne pas s’opposer au transport en commun, «bien au contraire», le chef conservateur propose plutôt de rendre l’autobus gratuit à Québec. «Si c’est gratuit et que les gens ne l’utilisent pas, ce sera le meilleur sondage», croit Éric Duhaime.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Le système de transport collectif déborde déjà aux heures de pointe, maintient le Réseau de transport de la Capitale. Augmenter son accessibilité sans augmenter sa capacité revient à se tirer dans le pied : c’est précisément pour cette raison, avance la Ville, que le tramway est une nécessité.

Le père de l’expression «enverdeur», forgée dans son ancienne vie de chroniqueur pour dénigrer les écologistes qui revendiquaient trop à son goût, se faisait jeudi le chantre des arbres matures et des 11 hectares de boisée sacrifié dans le sillage du tramway. Il posait, aussi, comme le dépositaire de la conscience environnementale qu’il dénonçait, autrefois, quand elle enrayait le marché.

«On va créer des îlots de chaleur, on va abattre les arbres sur René-Lévesque : ces gens-là sont où? s’indigne le chef conservateur. C’est quand même particulier que les écologistes soient les plus ardent défenseurs d’un projet de béton et s’opposent à la gratuité du transport en commun.»

«Comme Labeaume dans le temps»

Peu de jeunes avaient répondu à l’appel du parti conservateur, jeudi soir. Steve habite le quartier Montcalm. «C’est surtout la guerre à l’auto qui me dérange dans ce projet-là, affirme-t-il. Moi, personnellement, la rue René-Lévesque, je l’emprunte toujours et c’est sûr et certain que ça va être dérangeant pour les automobilistes.»

Pour Doris, une résidente de L’Ancienne-Lorette, les milliards réservés au tramway pourraient servir ailleurs – comme au troisième lien, une «priorité», à son avis. «Il y a une vision tellement unique. C’est ça le problème, il n’y a pas d’autres alternatives. C’est comme s’ils voulaient nous le faire passer de force.»

Jeffrey, résident de la rue Maguire, dans Sillery, s’inquiétait de la plateforme de béton sur laquelle doit circuler le tramway. «C’est aberrant, moi ça va rallonger mes voyagements, déplore-t-il. En plus, je trouve ça laid en partant.»

Éric Duhaime pourra compter sur son vote, le 3 octobre prochain. «Je trouve qu’il parle pour le peuple, dit-il. Un peu comme Labeaume dans le temps.»

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