La pandémie ne profite plus autant aux fournisseurs québécois depuis 2021

L’entreprise américaine Cardinal Health s’est accaparé le marché québécois des équipements de protection individuelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’entreprise américaine Cardinal Health s’est accaparé le marché québécois des équipements de protection individuelle.

Une poignée de fournisseurs a considérablement tiré profit des contrats de gré à gré au cours de l’état d’urgence sanitaire. Outre un mirobolant contrat de tests rapides octroyé à la firme Investissements Gest-E, c’est le fabricant américain Cardinal Health qui s’impose comme le principal fournisseur d’équipements de protection individuelle dans le secteur de la santé depuis 2021, au détriment d’entreprises d’ici.

L’entreprise américaine Cardinal Health a accaparé le marché québécois des équipements de protection individuelle (EPI) — qui incluent gants, blouses et masques — à partir de 2021, quelques mois après la création du Centre d’approvisionnement gouvernemental (CAG). Cet organisme coordonne depuis septembre 2020 l’ensemble des achats gouvernementaux.

Le géant des équipements médicaux — dont la vaste majorité des produits est fabriquée en Chine — a mis la main sur 31 contrats totalisant 178,9 millions de dollars depuis début 2021, selon les données publiées mercredi par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Ces ententes s’ajoutent à celles de 2020, évaluées à 22,8 millions.



 

 

En fait, seule la firme Investissements Gest-E, aussi connue sous le nom de Medsup, a profité davantage du contexte sanitaire au Québec, avec l’énorme contrat de gré à gré de 433 millions de dollars qu’elle a obtenu pour la livraison de tests antigéniques rapides de COVID-19. C’était en janvier 2022, au cours de la vague du variant Omicron, alors que le Québec manquait de ces tests.

Les fabricants québécois d’EPI, pourtant prisés par le gouvernement en début de pandémie, ont par ailleurs été écartés des contrats octroyés au cours de cette période. C’est le cas de Supermax Healthcare, propriétaire d’une usine de fabrication de désinfectants, de blouses et de masques médicaux à Longueuil.

L’entreprise, qui a obtenu 330 millions de dollars de contrats dans les six premiers mois de la pandémie, n’a signé aucune nouvelle entente avec le ministère depuis l’automne 2020.

Les données du MSSS surprennent — troublent même — le propriétaire et vice-président de Supermax, ​Sylvain Bergeron : « Le gouvernement répète toujours qu’il faut acheter québécois, et là, c’est une compagnie américaine [qui va chercher la part du lion]. »

« Je pense que ça m’aurait moins dérangé si c’était ADM Medicom [un concurrent québécois] qui avait eu ces contrats », ajoute-t-il. Installée à Pointe-Claire, AMD Medicom a pour sa part décroché une trentaine de contrats totalisant 450 millions. De ce nombre, très peu d’ententes ont été conclues après 2020.

« Je dois avouer que je me questionne. Nous, on avait un droit d’option pour 2021 pour un contrat de 120 millions d’unités de masques. Le département des acquisitions du gouvernement du Québec nous a dit qu’il n’allait pas se prévaloir de ce droit parce qu’il avait beaucoup de ces équipements. Et là, on voit ce qui se passe. C’est frustrant. »

D’autant plus que, rappelle-t-il, son entreprise a injecté l’an dernier 10 millions de dollars dans son usine de Longueuil pour en augmenter la production. AMD Medicom annonçait en juin 2021 investir 39 millions pour une nouvelle usine afin de produire un matériau qui entre dans la fabrication des masques chirurgicaux et pédiatriques ainsi que des respirateurs de type N95.

Plusieurs millions en contrats

 

L’agence de marketing Cossette se trouve en quatrième position du palmarès des fournisseurs ayant reçu les plus grandes sommes depuis 2021, ayant conclu un contrat d’une valeur de 105 millions de dollars en début de la même année pour des « achats médias relatifs aux campagnes publicitaires en lien avec la COVID-19 ».

Plus de 40 millions de dollars ont aussi été octroyés pendant cette période au Groupe de sécurité Garda SENC pour de la surveillance lors de travaux dans certains hôpitaux et le déploiement d’agents de sécurité « pour les besoins COVID-19 », peut-on lire dans le rapport détaillé du MSSS.

Un contrat de 34 375 $ a également été conclu par le Centre universitaire de santé McGill pour l’achat de « chocolats, sucres, édulcorants et confiseries ».

Parmi l’ensemble des contrats établis depuis le début de la pandémie, une grande majorité (61 %) est consacrée à l’approvisionnement en biens. On compte 623 contrats liés à des services de nature technique (13 %), 786 contrats liés à des services professionnels (17 %) et 318 contrats à des fins de travaux de construction (7 %).

Près de 6 milliards de dollars ont été dépensés en contrats de gré à gré depuis le début de la pandémie, dont un peu moins de 3,4 milliards consacrés aux EPI.

Avec François Carabin

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