Montréal sévit contre l’entreprise de recyclage Ricova

La Ville de Montréal a entrepris une démarche afin de privilégier un changement de culture dans le dossier des déchets, visant notamment une réduction des déchets à la source.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Ville de Montréal a entrepris une démarche afin de privilégier un changement de culture dans le dossier des déchets, visant notamment une réduction des déchets à la source.

Montréal a décidé de sévir contre Ricova, l’entreprise qui gère les opérations de recyclage aux centres de tri de Saint-Michel et de Lachine. La Ville a déclaré Ricova, ses sociétés sœurs, ainsi que leur dirigeant Dominic Colubriale inadmissibles à tout appel d’offres ou contrat pour une période de cinq ans.

« Nous sommes devant une situation préoccupante et des actions doivent être prises », a fait valoir Marie-Andrée Mauger, responsable de la transition écologique et de l’environnement, lors de la réunion hebdomadaire du comité exécutif mercredi matin. Elle a souligné qu’avec son Plan directeur de gestion des matières résiduelles adopté en 2020, la Ville avait entrepris une démarche afin de privilégier un changement de culture dans le dossier des déchets, visant notamment une réduction des déchets à la source.

« Il est hors de question que notre administration regarde les lieux d’enfouissement de la région métropolitaine se remplir en gardant les bras croisés », a-t-elle dit.

En déclarant Ricova inadmissible à tout appel d’offres ou contrat, la Ville donne ainsi suite à une des recommandations du Bureau de l’inspecteur général (BIG). Dans un rapport déposé en mars dernier, le BIG avait reproché à Ricova de se garder une marge de 20 $ la tonne pour les matières qu’elle revendait. Cette mesure contrevenait aux contrats conclus avec la Ville, estimait le BIG qui avait recommandé la résiliation, dès que possible, des contrats avec Ricova. En réplique, l’entreprise avait affirmé n’avoir jamais floué la Ville de Montréal. Ricova avait même soutenu que la Ville n’avait jamais touché autant de revenus provenant du recyclage.

La Ville poursuit par ailleurs son analyse concernant les deux contrats toujours en vigueur avec Ricova que le BIG avait recommandé de résilier.

En avril dernier, Ricova avait menacé de s’adresser aux tribunaux si la Ville donnait suite aux recommandations du BIG. Mercredi, l’entreprise a indiqué par courriel qu’elle prenait note de la décision prise par la Ville. « [Nous] prendrons les recours qui s’imposent dans les circonstances », a souligné Stephanie Dunglas, directrice des communications de Ricova. « Nous allons poursuivre le même niveau de service aux termes des différents contrats que nous avons avec la Ville de Montréal jusqu’à ce que cette situation soit réglée. »

Rappelons que Services Ricova avait été retenue en juillet 2020 pour prendre la relève des entreprises Compagnie de recyclage de papiers MD et Rebuts solides canadiens dans la gestion des centres de tri de Lachine et de Saint-Michel. Les deux entreprises étaient aux prises avec des difficultés financières.

 

Montréal a ainsi conclu une entente avec Services Ricova, une société dirigée par Dominic Colubriale, pour exploiter les deux centres de tri. En vertu de ces contrats, l’entreprise devait facturer à la Ville les activités de tri des matières, et une clause prévoyait un partage des revenus et des pertes.

En février dernier, un reportage de Radio-Canada avait révélé un taux important de contamination des ballots de papier. Certains de ces ballots étaient acheminés en Inde, où ceux-ci servaient notamment comme élément de combustion dans des usines hautement polluantes.

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