Québec rehausse ses cibles de ventes de véhicules électriques

L’objectif du gouvernement Legault: 1,6 million de véhicules électriques sur les routes du Québec en 2030.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’objectif du gouvernement Legault: 1,6 million de véhicules électriques sur les routes du Québec en 2030.

Le gouvernement Legault rehausse ses cibles de ventes d’ici 2029 et les devance de deux ans pour atteindre son objectif : 1,6 million de véhicules électriques sur les routes du Québec en 2030. Il propose de resserrer sa réglementation et de l’harmoniser avec celle de la Californie pour arriver à ce que plus aucun véhicule léger à essence ou diesel ne soit vendu dans la province à partir de 2035.

Québec a publié jeudi matin une proposition renforcée de réglementation concernant la vente dans la province de véhicules zéro émission (VZE). Deux éléments ressortent de la nouvelle proposition. D’abord, le gouvernement veut devancer de 2029 à 2027 l’imposition aux constructeurs de véhicules légers de contraintes tarifaires qui les obligent à respecter un seuil minimum de ventes de VZE. En forçant l’industrie à atteindre ses cibles deux ans plus tôt, Québec calcule que 100 000 véhicules électriques de plus que ce qui a précédemment été estimé sillonneront les routes de la province en 2029.

« C’est une bonne nouvelle, lance le président-directeur général de Mobilité électrique Canada et ex-ministre péquiste de l’Environnement, Daniel Breton. Nous aurions souhaité des exigences plus sévères et plus rapides, mais c’est un pas dans la bonne direction. »

Dans le meilleur des cas et selon les prévisions gouvernementales, les nouvelles cibles fixées par Québec pourraient mener l’industrie automobile à ne vendre que des véhicules électriques ou des véhicules à moteur hybride rechargeable dès 2033, soit deux ans plus tôt qu’espéré. Plus raisonnablement, Québec prévoit que la part du marché automobile occupée par les VZE sera supérieure à 94 % cette année-là. Cette part devrait basculer à au-delà des 50 % quelque part entre 2028 et 2029.

Moins de crédits, plus d’électriques

L’autre élément majeur contenu dans la proposition de réglementation de Québec est une sévère révision à la baisse du nombre de crédits remis aux constructeurs pour chacun des véhicules électriques qu’ils vendent dans la province. Le gouvernement utilise cette formule de crédits pour encourager l’atteinte de ses cibles et surtout pour pénaliser financièrement les constructeurs qui traînent la patte, puisqu’ils doivent se rabattre sur l’achat de crédits détenus par leurs rivaux pour compenser.

La nouvelle formule proposée jeudi octroie un crédit par véhicule électrique vendu dès 2027. La formule transitoire actuelle remettait quatre crédits par véhicule électrique.

 

La valeur d’un véhicule hybride rechargeable passe pour sa part de 1,3 à 0,5 crédit. De plus, seuls les véhicules hybrides rechargeables capables d’une autonomie électrique supérieure à 80 kilomètres par charge seront admissibles. Ce seuil était précédemment de 50 km par charge.

Ce que cela signifie, c’est que des constructeurs qui font un virage entièrement électrique seront avantagés, calcule Daniel Breton. Il cite General Motors en exemple, qui s’est sorti dès 2019 du marché des hybrides rechargeables et qui mise depuis sur l’électrification graduelle de sa gamme. À l’inverse, Toyota, qui vend beaucoup d’hybrides rechargeables dont l’autonomie électrique est sous les 80 kilomètres, devra accélérer sa propre transition s’il souhaite atteindre les cibles québécoises.

« En resserrant la norme VZE, nous indiquons clairement aux constructeurs qu’ils doivent intégrer davantage le marché québécois dans leurs stratégies d’affaires et offrir à la population plus de véhicules et plus de modèles au cours des prochaines années », a déclaré par communiqué Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Des cibles « atteignables »

Les cibles fixées par le gouvernement Legault ont pour objectif d’aider les constructeurs à planifier leur approvisionnement dans la province. La production de véhicules électriques est compliquée par la pandémie et une rareté des composants. Il est généralement entendu dans l’industrie automobile que les marchés qui imposent plus tôt des cibles de ventes contraignantes recevront une part plus importante de cette production.

Dans ses calculs, Québec estime que ses nouvelles cibles se traduiront par une part du marché de 22 à 25 % pour les VZE dès 2025. Cette proportion progressera pour atteindre de 65 à 78 % du marché en 2030, ce qui est de loin supérieur à la cible fédérale canadienne, et même à la cible américaine de 50 % des ventes cette année-là.

Ce sont néanmoins des cibles réalistes, estime Daniel Breton. Les VZE ont représenté au premier trimestre 2022 au Québec 13 % de toutes les ventes de véhicules légers, dit-il. « Ce n’est pas une grosse marche à monter d’ici 2025. C’est très atteignable. »

Québec mènera en juin et juillet des consultations sur sa nouvelle proposition. Le p.-d.g. de Mobilité électrique Canada s’attend à ce que des constructeurs fassent connaître leur mécontentement. Ceux-ci craignent surtout de voir Ottawa imiter le Québec en fixant des cibles similaires, ce qui pourrait ensuite influencer dans le même sens Washington, qui n’a pas pour le moment de mécanisme en place pour contraindre les constructeurs à respecter ses cibles d’électrification.

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