Tsunamis meurtriers - L'eau avant les cadavres

Des résidants de Banda Aceh, en Indonésie, font la file, un bidon à la main, afin de quérir un peu d’eau potable.
Photo: Agence Reuters Des résidants de Banda Aceh, en Indonésie, font la file, un bidon à la main, afin de quérir un peu d’eau potable.

La désolation fait place à la crainte des épidémies. Aux images de cadavres en putréfaction amoncelés sur les rives, on associe spontanément l'émergence d'atroces maladies. Pourtant, ces morts ne constituent pas la première menace.

«Le problème vient des eaux stagnantes, propices au développement de maladies telles le choléra et différentes formes de dysenterie», explique le Dr John Dick Maclean, directeur du centre des maladies tropicales de l'université McGill, qui a déjà vécu en Malaysia et en Indonésie. Même son de cloche du côté des organisations internationales, qui font de la distribution de l'eau potable la priorité, loin devant le «nettoyage» des dépouilles. Un responsable de l'Organisation mondiale de la santé prédisait même que les maladies allaient provoquer plus de décès que ceux causés par les raz-de-marée.

Des villages entiers ont passé les trois derniers jours sans eau potable, les systèmes d'évacuation des eaux usées et de l'eau potable s'étant emmêlés. Les diverses formes de diarrhée provoquées par la consommation d'eau souillée constituent la première source d'inquiétude. La plus simple et la plus commune de ces diarrhées entraîne un état de déshydratation qui peut être mortel. Des cas sont déjà signalés, notamment au Sri Lanka. «Le plus grand impact sera sur les enfants, qui deviennent plus vite déshydratés, surtout ceux qui n'ont pas l'âge de demander à boire, a indiqué le Dr Maclean. Les risques de mort par diarrhée sont de 10 à 20 fois plus élevés chez les enfants. Les enfant comptent pour 90 % des cas de décès attribuables à la diarrhée dans le monde.» La dysenterie peut se présenter sous forme de fièvres et de diarrhées sévères. Un type plus aigu entraîne aussi des pertes de sang et de selles. La consommation d'eau et de nourriture contaminées entraîne aussi le choléra, qui cause des vomissements et des diarrhées aiguës et dont le taux de mortalité effraie davantage, atteignant de 3 à 4 %.

Les eaux stagnantes, plus que fréquentes sur ces terres submergées par les tsunamis, favorisent la reproduction des moustiques porteurs d'autres maladies. «D'ici quelques semaines, on peut prédire l'éclosion de la malaria [ou paludisme], dont le parasite est transmis par les piqûres de moustiques, a souligné le Dr Maclean. La bonne chose, c'est que les vagues salées des raz-de-marée ont tué les larves des moustiques. Mais il suffit qu'il pleuve [ce qui est le cas en Indonésie et en Malaysia] pour que les larves surgissent de nouveau.» La malaria cause des fièvres, des frissons, de la fatigue, des courbatures, des migraines et des troubles digestifs. Relativement facile à traiter (par comprimés), elle peut entraîner la mort dans 2 à 5 % des cas s'il n'y a aucun traitement, un taux qui grimpe à 15 % dans le cas de la dengue, dont le virus est lui aussi transmis par les moustiques et qui cause des douleurs musculaires, des nausées et des fièvres tout en pouvant aussi dégénérer en hémorragies. Quand peut-on parler d'épidémie? «Il existe plusieurs définitions, a répondu le médecin, et tout dépend des régions. Généralement, c'est lorsque le nombre de cas double.»

Le Dr Maclean craint d'ailleurs que l'aide médicale n'arrive trop tard. Sur le terrain, on déplore déjà que l'aide parvienne au compte-gouttes. Le médecin fait toutefois confiance à la Croix-Rouge, spécialisée dans la réponse aux désastres. «On n'a pas beaucoup d'expérience de catastrophes de cette ampleur, alors on peut seulement espérer.»