Tsunamis meurtriers - Panique au sud de l'Inde

Nagapattinam — Un vent de panique s'est emparé hier de la côte du sud-est de l'Inde, déjà particulièrement meurtrie, après que les autorités locales ont lancé en fin de matinée une alerte sur l'arrivée imminente d'un nouveau tsunami.

Prévision farfelue puisque hier soir la vague n'avait toujours pas frappé. Mais entre-temps, des milliers de personnes avaient pris leurs jambes à leur cou pour s'enfuir le plus loin possible du rivage, terrorisées d'avance à l'idée de revivre le carnage de dimanche. «Dès que j'ai appris la nouvelle, j'ai attrapé ma fille et j'ai couru, témoigne Ganeshan, haletante, à la sortie de la ville de Nagapattinam, où des centaines de personnes apeurées campent le long de la route. J'ai déjà perdu ma femme et mon fils, je venais juste de rentrer dans mon village pour récupérer mes affaires dans les débris. Mais je suis reparti sans rien, je retourne au foyer d'accueil, je ne veux pas rester près de la mer.»

Dès que la nouvelle est parvenue à quelques officiers qui géraient les opérations de secours sur les plages, la rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre dans tous les villages côtiers. Un phénomène qui s'est déjà produit à plusieurs reprises ces derniers jours, les rumeurs les plus folles courant dans la région sur l'arrivée d'une nouvelle vague meurtrière. Mais cette fois-ci, l'information provenait des autorités. La panique était telle que même les chauffeurs de certains responsables du district ont déguerpi sans leur patron. Avant même que les haut-parleurs ne «conseillent» officiellement les habitants de remonter de deux kilomètres à l'intérieur des terres, la grande majorité d'entre eux avaient déjà disparu.

Sur les routes des environs, les scènes de détresse se multipliaient. Des mères en pleurs, leurs enfants dans les bras, des femmes en prière, des familles marchant le long des routes avec les quelques biens qui leur restent, des hommes se battant pour monter dans les bus et les camions qui évacuaient, tous bondés. «Je n'en peux plus», soupire Mallika, qui vient de faire huit kilomètres à pied, seule, enceinte, avec deux valises à la main. «Le chauffeur du bus nous a obligés à descendre car nous ne pouvions pas payer, témoigne une autre mère de famille, le long de la route. Nous marchons depuis quatre heures, sans eau ni nourriture.»

Les opérations de secours aussi ont souffert, à commencer par l'évacuation des corps ensevelis dans les villages dévastés. Interrompue pour la journée malgré l'urgence, les risques d'épidémies se faisant de plus en plus concrets. La distribution d'aide aux victimes a également été suspendue par endroits. «Nous n'avons rien mangé depuis hier soir, car les volontaires qui nous approvisionnent ont pris peur et sont partis sans nous donner quoi que ce soit ce matin», se lamente Muthaswamy, un vieux pêcheur dans un foyer pourtant bien loin du rivage. Derrière lui, des femmes et des enfants, la faim au ventre, se battent pour récupérer des paquets de biscuits que sont venus distribuer des particuliers.

Un véritable drame qui, finalement, n'avait aucune justification. Dès le début de l'après-midi, en effet, la salle de contrôle de Nagapattinam affirmait à Libération qu'il n'y avait «aucun risque de tsunami». «Le département météo nous a prévenus qu'il y aurait peut-être une montée des eaux et des vagues importantes en raison de secousses sismiques en mer, mais rien de l'ampleur de ce que l'on a connu dimanche», explique un responsable. Pourquoi, alors, avoir semé une telle panique au sein d'une population déjà profondément traumatisée? «Nous ne voulions pas prendre de risques», avoue-t-il. Quitte à jeter des milliers de déshérités de nouveau sur les routes.