Tsunamis meurtriers - Les États-Unis forment une coalition internationale

Le président américain, George W. Bush, a annoncé hier la formation d'une coalition internationale pour coordonner les secours et les efforts de reconstruction dans les régions dévastées par le tsunami en Asie du Sud et du Sud-Est. L'Inde, l'Australie et le Japon se joignent aux États-Unis dans cette démarche. D'autres pays pourraient éventuellement y adhérer, selon M. Bush. À Ottawa, on indiquait que le Canada participerait certainement à cette réunion des pays donateurs, dont le lieu et la date restent toutefois à déterminer. Le secrétaire d'État adjoint, Mark Grossman, dirigera un groupe de travail américain en lien avec les partenaires.

Pour Charles Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand, il s'agit de la «seule solution» envisageable dans le contexte. «Il n'y a pas d'institutionnalisation d'une réponse d'urgence en matière de cataclysmes naturels», déplore-t-il. Il renvoie alors à l'idée des Casques blancs, lancée en 1996 à la lumière de diverses propositions de l'ONU mais qui ne s'est finalement jamais concrétisée. Cette infrastructure, similaire à celle des Casques bleus, aurait aidé à coordonner l'action des gouvernements.

D'une coalition de la guerre (en Irak) à une coalition d'aide humanitaire: selon M. David, il y a également derrière ce geste le désir de redorer son image auprès de l'opinion publique mondiale. «Il y a quand même un petit calcul politique. Ça ressemble, dans une moindre mesure, à la réaction de Bush père en 1992, quand il avait envoyé 25 000 Marines en Somalie. J'aurais aimé voir George W. Bush faire son mea-culpa de manière plus claire.»

Le responsable des questions humanitaires de l'ONU, Jan Egleton, a accueilli favorablement l'initiative américaine, indiquant qu'elle viendrait compléter d'une excellente manière leurs efforts de coordination. Pris dans la tourmente, les organismes humanitaires n'ont pas formulé de déclaration officielle en réaction à l'initiative américaine. La division québécoise de la Croix-Rouge voit dans ce geste une réaction normale dans le contexte. «C'est généralement ce qui se fait dans ce genre de situation, explique la porte-parole Myrian Marotte. Les pays se mettent ensemble pour déterminer comment attribuer les ressources.»

Le président américain a en outre promis une réponse allant au-delà des 42 millions de dollars initialement débloqués, avec l'assistance de l'armée américaine et d'équipes d'évaluation des dégâts à court terme et une aide à la reconstruction à long terme. Trois équipes d'évaluation ont déjà été dépêchées en Thaïlande, au Sri Lanka et en Indonésie, en plus des 20 avions affrétés et des 12 navires déroutés vers l'Asie mardi.

Si la tradition d'aide humanitaire est assez forte aux États-Unis, surtout du côté du privé, elle a eu tendance à décliner avec les années dans les officines gouvernementales, selon M. David. «De 2,5 % du budget total du gouvernement destiné à l'aide internationale en 1962, les États-Unis en sont à 0,5 % aujourd'hui», indique-t-il. Le président Bush relevait, à l'occasion de sa déclaration d'hier, que l'aide humanitaire, financière et humanitaire américaine accordée dans le contexte de catastrophes humanitaires totalisait 2,4 milliards pour 2004, soit 40 % de l'aide de tous les pays du monde. Ce résultat en chiffres absolus perd un peu de son lustre quand on fait le calcul en fonction du produit intérieur brut. En 2003, Washington destinait 0,14 % de son PIB à l'aide au développement, selon les chiffres de l'OCDE, alors que la Déclaration du millénaire de 2000 engage les pays riches à y consacrer 0,7 % de leur PIB. Les pays scandinaves, reconnus comme de généreux donateurs, versent en moyenne 1 % de leur PIB, note M. David.