La Chine espionnerait le Canada

Ottawa — Les services de renseignement chinois ont ciblé systématiquement le secteur des sciences et de la technologie au Canada, selon une source haut placée dans le renseignement, a appris le quotidien torontois National Post.

Les Chinois utilisent leurs étudiants et scientifiques en visite ici pour voler de la technologie à des fins militaires ou en vue d'améliorer la compétitivité économique de leur pays.

Dans son rapport annuel au Parlement, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) estime que la sécurité nationale du Canada est menacée par des espions étrangers qui cherchent à obtenir des innovations scientifiques et des technologiques canadiennes, des renseignements militaires et autres renseignements confidentiels, ainsi que l'infrastructure névralgique en matière d'économie et d'information.

Le SCRS ne nomme aucun pays précis. Toutefois, une source haut placée a dit que la Chine est l'État le «plus dynamique» dans sa quête illicite de technologie canadienne.

Dans son rapport 2003-04, le SCRS faisait référence à la Chine lorsqu'il expliquait comment certains gouvernements étrangers utilisaient leurs ministères, entreprises d'État et services de renseignement pour faire de l'espionnage économique au Canada, a ajouté le responsable, qui a requis l'anonymat pour des motifs de sécurité nationale.

La République populaire met à profit ses étudiants, ses scientifiques, ses gens d'affaires et ses délégations pour obtenir des secrets industriels et de la haute technologie qui serviront aux entreprises et au complexe militaro-industriel chinois, a poursuivi cette source.

Les services secrets russes ont aussi cherché à copier la technologie canadienne. Mais deux de leurs agents ont été arrêtés en 1996.

La Chine demeure toutefois la plus pugnace dans ses activités clandestines, a dit ce responsable, précisant qu'elle avait ciblé les secteurs nucléaire, aérospatial, biotechnologique, minier, métallurgique, environnemental et pétrolier-gazier du Canada.

Une section du ministère de l'Équipement général, rattachée à la Défense, s'occupe particulièrement de la collecte de la technologie canadienne et étrangère.

Dans un rapport du Pentagone daté de 2003, on peut lire que ce ministère gère «un réseau complexe d'usines, d'instituts et d'académies subordonnés aux industries nucléaire, aéronautique, électronique et astronautique, aux chantiers navals et aux arsenaux de la Chine».

À l'ambassade de Chine hier, Wenxing Zuo a nié avec véhémence que la Chine avait entrepris une campagne d'espionnage contre le Canada. «Non, ce n'est pas vrai», a-t-elle dit.

Le premier ministre Paul Martin s'apprête à s'envoler pour un voyage de dix jours en Asie, qui comporte notamment des arrêts à Pékin et Hongkong. Le ministre du Commerce international, Jim Peterson, mènera aussi simultanément une mission commerciale chez le géant asiatique.

L'opposition et certain députés libéraux tentent de convaincre M. Martin de bloquer l'achat par la Chine de la société Noranda, un des plus grands groupes miniers au pays.