Tsunamis meurtriers - Une longue convalescence pour les écosystèmes

Paris — Les écosystèmes côtiers des zones touchées par le tsunami en Asie du Sud vont mettre plusieurs années à récupérer, a estimé hier l'océanographe français Jacques Merle, pour qui le phénomène a dû causer des «dégâts considérables».

«Ces écosystèmes, souligne le scientifique interrogé par l'AFP, sont fragiles par nature. Je vois deux sinistres: celui qui a frappé les franges coralliennes et celui qui a touché les mangroves.»

La frange corallienne, ou système récifal, est constituée de coraux auxquels s'agglutinent des algues qui vivent avec eux en symbiose.

«Les franges coralliennes souffrent déjà des cyclones, mais la violente destruction mécanique des côtes, déjà fragmentées [par l'activité humaine], par le tsunami a entraîné des dégâts considérables dans les zones fragiles», poursuit Jacques Merle, qui a longtemps étudié les océans. La faune pélagique (poissons et autres organismes de haute mer) a également souffert, relève encore l'océanographe.

Les mangroves, forêts de palétuviers aux racines aériennes caractéristiques qui jouent un rôle tampon entre les milieux marin et terrestre, figurent également parmi les «victimes» des conséquences du séisme survenu au large de Sumatra.

Ce milieu joue un rôle à la fois biologique (certains poissons s'y reproduisent, des crabes y creusent leurs terriers, des oiseaux y nichent et des prédateurs y trouvent leurs proies... ) et de lutte contre les érosions et de protection de la côte contre la houle, les tempêtes et les cyclones.

En l'absence de données précises, impossibles à obtenir pour l'instant, tous les spécialistes arrivent à peu près à la même conclusion. Parmi eux, le directeur scientifique de l'Union mondiale pour la nature (IUCN), l'Américain Jeff McNeely, qui estime que si les écosystèmes côtiers n'avaient pas été largement «sacrifiés» au tourisme et à l'urbanisation, ils auraient diminué les dégâts en atténuant la force des vagues.

La catastrophe naturelle elle-même ne les empêchera pas de régénérer, même si, souligne Jacques Merle, «cela prendra quelques années».