Tsunamis meurtriers - Il faudra redessiner des cartes

Une vue aérienne de Meulaboh, dans la province indonésienne d’Aceh, après les tsunamis qui ont submergé et détruit une partie de la ville.
Photo: Agence Reuters Une vue aérienne de Meulaboh, dans la province indonésienne d’Aceh, après les tsunamis qui ont submergé et détruit une partie de la ville.

Pendant que les secours s'organisent, les géologues se penchent au chevet des plaques tectoniques pour évaluer les mouvements provoqués par le séisme de dimanche. Et concluent déjà qu'il faudra revoir les cartes: l'île de Sumatra s'est déplacée d'une vingtaine de mètres.

«C'est une des régions les plus actives du monde. Elle n'avait pas rompu depuis 1833», explique Mohamed Chlieh, du Caltech (California Institute of Technology, Pasadena). Un tremblement de terre de même magnitude — 9 sur l'échelle ouverte de Richter — s'était déjà produit au centre de Sumatra au XIXe siècle. Un autre de magnitude 7,5 avait eu lieu il y a deux ans dans cette même zone. «Il s'agit très certainement d'un précurseur. Un autre séisme va probablement survenir dans les prochaines années, mais plus au sud», prévient-il.

Voilà maintenant 50 millions d'années que l'Inde est entrée en collision avec l'Asie, en provoquant une zone de subduction. La plaque indo-australienne passe sous le bloc de la Sonde, qui porte l'archipel indonésien, et se fait ainsi engloutir de quatre centimètres par an. Deux autres centimètres sont pris par la faille de Sumatra. «À cette allure, en un siècle, six mètres de terres sont engloutis entre les deux plaques, calcule Mohamed Chlieh. Il n'est donc pas très surprenant que, tous les 300 ans, il y ait une forte activité sismique.»

Si forte qu'elle en a bouleversé la carte. «Certaines des plus petites îles au sud-ouest des côtes de Sumatra peuvent avoir avancé de 20 mètres vers le sud-ouest», a déclaré hier Ken Hudnut, un expert de l'US Geological Survey. «La pointe nord-ouest du territoire indonésien de Sumatra pourrait également avoir glissé vers le sud-ouest d'environ 36 mètres», a-t-il ajouté. Des chiffres tirés de modèles que confirme Paul Tapponnier, directeur du laboratoire de tectonique à l'Institut de physique du globe de Paris: «La faille de Sumatra a glissé jusqu'à 20 mètres vers le sud-ouest, sur une quarantaine de kilomètres. [...] Il y a eu des mouvements verticaux, qui ont pu atteindre à certains endroits un ou deux mètres.» Ces mouvements ont soulevé les terres, notamment dans la région de Siberut, une île à 100 kilomètres à l'ouest de Sumatra, et engendré les vagues du tsunami. Des phénomènes récurrents lors de chaque séisme aussi violent. «Le dernier grand tremblement de terre du Chili, en 1960, avait déplacé le paysage de 20 mètres et, lors d'un fort séisme en Alaska en 1964, on a vu des îles se soulever», rappelle Paul Tapponnier.

Ces bouleversements du territoire seront-ils visibles sur les cartes? «Sur une carte marine de détails, c'est certain», affirme Yves Lefranc, chef du service de cartographie du Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) à Brest. Il faudra donc revoir les cartes à grande échelle, «au 50 000e ou au 20 000e», précise le chercheur.

Selon des experts américains, le séisme funeste aurait même un peu ébranlé l'axe de la Terre, sans aucune conséquence. «Comme une pichenette sur une toupie», a confirmé Paul Tapponnier. «Il y a eu une oscillation de l'ordre du centième de degré», atténue, lui aussi, Mohamed Chlieh. «C'est quelque chose de classique quand il se produit un séisme de magnitude 9: la Terre a des réponses élastiques à cette sollicitation. En une minute, la Terre a dû encaisser rien moins que l'équivalent énergétique de 30 000 bombes atomiques!», rappelle-t-il. «Le séisme est véritablement l'architecte du paysage, comme l'a indiqué Paul Tapponnier. Toutes les montagnes que nous connaissons ont été modelées par les tremblements de terre.»