Des maisons occupées illégalement à Pointe-Parent

La communauté innue de Nutashkuan vue de Pointe-Parent. La municipalité de Natashquan compte environ 250 habitants alors que la communauté voisine abrite plus de 1000 résidents.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La communauté innue de Nutashkuan vue de Pointe-Parent. La municipalité de Natashquan compte environ 250 habitants alors que la communauté voisine abrite plus de 1000 résidents.

Les tensions reprennent à Natashquan autour du dossier de Pointe-Parent, alors que des membres de la communauté innue voisine se sont installés illégalement dans les maisons abandonnées du secteur.

Mardi, Bernadette Landry, 88 ans, a appris qu’un couple et son enfant étaient entrés par effraction dans sa propriété et s’y étaient installés. La petite sœur de Gilles Vigneault réside désormais à Québec, mais elle est encore propriétaire de la maison où elle a élevé ses enfants à Pointe-Parent. « Ça m’inquiète un peu, dit-elle. Il y a des gens chez nous et je ne sais pas qui. »

Pointe-Parent est un quartier de la municipalité de Natashquan. Le rapide essor démographique de la communauté innue voisine (Nutashkuan) a fait en sorte que le secteur est devenu complètement enclavé, au point où les deux ordres de gouvernements ont commencé à parler de le délocaliser. Or, le dossier traîne en longueur depuis des décennies.

En 2018, le gouvernement du Québec avait promis aux résidents de Pointe-Parent qu’ils seraient fixés l’hiver suivant. Mais à l’heure actuelle, seulement une partie des maisons ont été rachetées. Les chalets et résidences secondaires comme celle de Mme Landry sont toujours à la charge de leurs propriétaires.

Selon le journal local Le Portageur, pas moins de 13 maisons sont actuellement « occupées », soit presque tout ce qui reste du quartier. Ce n’est pas la première fois que ce secteur est sous tension, le vandalisme y étant monnaie courante depuis des années.

Surpopulation

 

Joint par Le Devoir jeudi, le maire de Natashquan, Henri Wapistan, affirme que « ce n’est pas normal » que des gens occupent ces maisons sans autorisation. M. Wapistan, qui réside lui-même en territoire innu, pense que cela découle de la « surpopulation » sur la réserve.

« C’est parce que le monde, ils sont surpeuplés, ils ont vu des maisons à Pointe-Parent quasiment abandonnées, le monde quasiment tous partis, alors ils se sont dit… » En plus, ajoute-t-il, la COVID-19 rend les problèmes de surpopulation encore plus criants.

La municipalité de Natashquan compte environ 250 habitants alors que la communauté innue de Nutashkuan abrite plus de 1000 résidents.

 

Mercredi, le ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, s’est entretenu avec le maire Wapistan et le chef de Nutashkuan, Real Tettaut. Ces derniers se sont alors engagés à envoyer des lettres aux occupants des maisons et à communiquer à ce sujet sur les médias sociaux et par la radio locale.

Le ministre estime que ce dossier pourrait poser de sérieux problèmes de « vivre ensemble », mais il est sûr d’avoir agi assez tôt pour le prévenir. « Il y a déjà des choses qui ont été entreprises depuis hier [mercredi] », a-t-il déclaré au Devoir en marge d’une annonce jeudi à Wendake.

« À côté, il y a une communauté qui déborde. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’ils ont fait, mais les maisons étaient vides, et c’est la liberté qu’ils ont prise. C’est inacceptable. »

Intervention policière

 

Autre motif d’inquiétude : la police a dû intervenir à Pointe-Parent mardi soir après qu’une femme a fait feu sur une des maisons avec une arme à air comprimé. Selon la Sûreté du Québec, la femme dans la cinquantaine a été libérée après sa rencontre avec les policiers.

Interpellé à ce sujet, le ministre Lafrenière a déclaré, par son attaché de presse, que « tous les enjeux de cohabitation le préoccupent ».

Reste à savoir quand la vente des dernières propriétés pourra se conclure. « Je veux que ça se règle », insiste le maire Wapistan en parlant de la  phase 2  de la délocalisation de Pointe-Parent.

Le cabinet du ministre n’a pas voulu trop s’avancer à ce sujet. La réalisation de la phase 1 n’est pas achevée, et des négociations sont toujours en cours avec des propriétaires pour la phase 2, a indiqué en soirée l’attaché de presse, Mathieu Durocher.

Plus tôt jeudi, Ian Lafrenière parlait d’une « phase d’attente » en attendant mieux. « Il faut expliquer ce qui s’en vient », avait-il dit. « La communauté et la municipalité veulent vraiment travailler ensemble. J’ai bon espoir là-dedans. Par la suite, ce sera un transfert des maisons dans un OBNL qui va pouvoir les gérer. »

À l’origine, le gouvernement souhaitait transférer les maisons et le territoire à la réserve autochtone pour contrer la pénurie de logements. Or, le ministre Lafrenière préconise désormais qu’on en fasse un site touristique consacré aux traditions autochtones.

Quant à savoir si les tensions actuelles auraient pu être évitées en réglant le dossier plus tôt, le ministre rétorque qu’il ne peut pas « prendre le blâme », n’ayant lui-même été interpellé dans ce vieux dossier que tout récemment.

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