Le Québec, un cas à part?

Pour plusieurs, cette recherche de réponses s’inscrit inévitablement dans le processus de guérison et de réconciliation. Sur la photo, un pensionnat en Colombie-Britannique.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Pour plusieurs, cette recherche de réponses s’inscrit inévitablement dans le processus de guérison et de réconciliation. Sur la photo, un pensionnat en Colombie-Britannique.

Le Québec est l’une des provinces comptant le moins d’élèves décédés dans les anciens pensionnats pour Autochtones, selon les registres officiels. La province se distingue sans contredit de l’ouest du pays, avec un peu moins d’une quarantaine de décès documentés dans les archives, qui ne font toutefois pas foi de tout.

« Si vous regardez le volume 4 — le rapport destiné aux enfants disparus ou jamais rentrés à la maison — de la Commission de vérité et réconciliation [CVR], il y a très peu de décès au Québec. Pour les provinces de l’Ouest, les chiffres sont gigantesques », fait remarquer Marie-Pierre Bousquet, professeure titulaire au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal.


Bien que des pensionnaires aient perdu la vie à la suite d’un suicide ou d’accidents survenus à l’époque, la majorité sont plutôt décédés de maladies, en particulier de la tuberculose. Or, à partir des années 1940, on constate une amélioration dans l’apport de soins de santé chez les Autochtones.

En effet, le taux de mortalité liée à la tuberculose est demeuré important jusqu’à la fin des années 1940, et son recul coïncide avec l’arrivée des traitements pharmacologiques efficaces contre la maladie, selon le rapport de la CVR.

« Il y a alors un intérêt du département de la santé du ministère des Affaires indiennes, qui veut faire baisser les taux de mortalité effrayants. À partir de là, les enfants vont être testés et systématiquement vaccinés avant d’entrer à l’école », explique la professeure.

Comme quatre des six pensionnats gérés par l’Église ont été en fonction à partir des années 1950 au Québec, le taux de mortalité des enfants fréquentant les établissements était déjà à la baisse. Les deux seuls pensionnats ayant accueilli des élèves avant cette date étaient ceux de l’île de Fort George (aujourd’hui Chisasibi).

Même s’il est difficile de savoir combien d’enfants autochtones ont disparu en ces circonstances dans la province, les recherches de sépultures demeurent pertinentes, croit Médérik Sioui, historien et spécialiste des Premières Nations. « Qu’on trouve un seul enfant, selon moi, c’est suffisant. Ça démontrerait l’importance de l’avoir fait. Ce sont des enfants qui n’ont jamais dit au revoir à leurs parents », déplore-t-il.

Un maillon du système

 

Pour Mathieu Arsenault, professeur adjoint au Département d’histoire de l’Université de Montréal, il importe de rappeler que le système des pensionnats n’était qu’« un des maillons du système colonial québécois ». C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le mouvement de recherche des sépultures n’est pas de la même envergure qu’ailleurs au pays, selon le spécialiste.

« Les pensionnats étaient un outil parmi les autres, comme le système de santé, le système de protection de l’enfance, les sanatoriums… C’est tout ce système-là qui avait pour but d’assimiler les Premières Nations. »

La rafle des années 1960, où ​des enfants autochtones ont été retirés de leur famille sans consentement et placés dans des foyers d’accueil à grande échelle, en est un exemple, selon M. Arsenault.

Au Québec, retrouver les enfants disparus doit non seulement passer par les recherches sur les sites des anciens pensionnats, mais aussi par la recherche de réponses au sein des autres institutions, note-t-il. « Il y a des enfants qui sont décédés dans les pensionnats, mais il y en avait d’autres qui, quand ils étaient malades, étaient envoyés dans les hôpitaux. Certains ont été envoyés en adoption sans que les parents le sachent, ou sont décédés et ont été inhumés dans d’autres communautés. »

Prochaines étapes

 

Pour plusieurs, cette recherche de réponses s’inscrit inévitablement dans le processus de guérison et de réconciliation. Pour Jean-Claude Therrien Pinette, le responsable du cabinet politique d’Uashat mak Mani-Utenam, la vérité sur les pensionnats peut non seulement aider les survivants, mais aussi les autres générations.

« On dirait que pour les 2e et 3e générations, c’est moins tangible, cette réalité-là. Ce sont des traumatismes auxquels on n’a pas fait face, mais qu’on a quand même subis par la désorganisation qui a été instaurée dans nos familles », témoigne celui dont la mère a fréquenté l’un des établissements.

Des délégués autochtones du pays ont récemment rencontré le pape François à Rome, qui s’est excusé pour le rôle de l’Église catholique dans les pensionnats. Ce dernier doit revenir au Canada cet été, du 24 au 30 juillet.

La grande cheffe de la nation crie du Québec, Mandy Gull-Masty, était présente au Vatican, le mois dernier. Si cette première visite s’est déroulée dans « l’ouverture », elle espère que des actions plus concrètes suivront. « Ce n’est pas une visite du pape qui va guérir le monde, ce sont vraiment les choses qui vont suivre après sa visite. »



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