Imbroglio entre deux groupes de locataires et l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

L’espace commercial sur la rue Ontario Est, où logeaient deux groupes de défense des droits des locataires, a été racheté par un collège privé de Toronto.
Marie-France Coallier Le Devoir L’espace commercial sur la rue Ontario Est, où logeaient deux groupes de défense des droits des locataires, a été racheté par un collège privé de Toronto.

Deux organismes de défense des droits des locataires de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve qui sont victimes d’une reprise de possession d’un immeuble dénoncent les « mensonges » de l’arrondissement, qui ne leur aurait offert « aucun soutien » concret pour les aider à se reloger. Celui-ci assure pourtant faire tout ce qui est en son pouvoir pour les soutenir.

Le Comité BAILS et Entraide Logement ont jusqu’au 1er juillet pour se trouver un nouveau local, le bâtiment de quatre étages dans lequel ils occupent actuellement un espace commercial sur la rue Ontario Est ayant été racheté par un collège privé de Toronto, rapportait Le Devoir début mai. Cette nouvelle avait fait réagir le milieu politique. L’arrondissement avait alors assuré qu’un employé de l’arrondissement est « en contact » avec ces deux groupes de défense des locataires « depuis le mois de mars » afin de les aider dans leurs efforts pour se reloger.

« En ce moment, on fait un autre tour de roue avec eux pour les soutenir dans la recherche de locaux qui leur conviennent. On tient à préserver la vocation populaire du quartier, avec un tissu social fort et solidaire », nous avait alors affirmé par écrit le conseiller du district d’Hochelaga, Éric Alan Caldwell.

Les propos de l’élu de Projet Montréal ont fait réagir les deux organismes de défense des droits des locataires, qui ont acheminé dans les derniers jours une lettre ouverte au Devoir, qui se veut « une réponse au mensonge de la Ville ».

« On est entré en contact avec une personne de l’arrondissement à la mi-janvier », a indiqué en entrevue mercredi Marine G. Armengaud, une organisatrice communautaire du Comité BAILS. Un fonctionnaire a alors discuté avec une de ses collègues, reconnaît-elle. Or, depuis, « on n’a eu vraiment aucun autre contact avec l’arrondissement ou la ville centre », déplore Mme Armengaud, qui affirme n’avoir eu « aucun soutien » de l’arrondissement pour aider les deux groupes communautaires à se reloger.

« Ils mettent beaucoup le [thème du] logement dans leur discours, mais ils ne font pas grand-chose », a renchéri l’organisatrice communautaire, qui se demande si l’arrondissement a tenté dans ses communications au Devoir « de se dédouaner de ne pas faire grand-chose pour nous aider ». « On voulait savoir pourquoi il n’y avait aucune préoccupation », renchérit le coordonnateur d’Entraide logement, Guillaume Dostaler.

Des locaux rares

 

À l’arrondissement, on assure que des démarches ont été faites pour aider les deux organismes à se trouver un nouveau local. Celles-ci se sont toutefois déroulées dans l’ombre, sans en informer les principaux concernés, puisque ces recherches n’ont pas encore été fructueuses à ce jour, affirme-t-on. L’arrondissement précise qu’aucun des locaux à sa charge n’est libre actuellement.

« On n’a pas rappelé les organismes parce qu’on n’a pas trouvé de locaux répondant à leurs attentes, ce qui ne veut pas dire qu’on n’a pas fait d’efforts », indique le maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, en entrevue au Devoir mercredi soir. « On parle de loger 12 employés […] On avait trouvé un local, mais il était plus petit que leurs exigences », explique l’élu.

Ce dernier ajoute que l’arrondissement reçoit fréquemment des demandes de groupes communautaires qui demandent à l’arrondissement de leur offrir un endroit où se loger. Or, « tous nos locaux sont pleins » et plusieurs bâtiments de l’arrondissement nécessitent d’importantes rénovations, soupire M. Lessard-Blais. « La réalité, c’est qu’on a des dizaines d’organismes qui sont logés gratuitement […] On aimerait en faire plus, mais notre capacité financière est limitée. »

Les deux organismes ont pour leur part ciblé deux locaux potentiels pour se loger et prévoient de trancher dans les prochains jours sur celui qu’ils loueront. « Mais aucun des deux n’est idéal », soupire Marine G. Armengaud. L’un d’entre eux n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite et l’autre « est vraiment cher et un peu excentré » par rapport au centre du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Et dans les deux cas, « on peut très bien se faire évincer l’année prochaine ou dans les années à venir », craint celle qui espère que ces deux organismes pourront devenir propriétaires de leur propre local commercial.

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