Issue du «troisième tour» de l'élection présidentielle en Ukraine - La communauté ukrainienne de Montréal se réjouit

À mesure que les résultats se profilaient sur les écrans de télévision et sur les ordinateurs, les membres de la communauté ukrainienne de Montréal, rassemblés dans un centre communautaire du quartier Rosemont, se réjouissaient de l'issue de ce «troisième tour» de l'élection présidentielle en Ukraine, dimanche dernier.

«Dans la communauté ukrainienne [de Montréal], c'est presque unanime: notre candidat préféré, c'était le candidat qui a gagné finalement, Monsieur Iouchtchenko», souligne Christine Mota du Congrès ukrainien canadien (CUC), section Québec. L'heure était à la fête en soirée, lorsque les derniers résultats ont donné huit points d'avance au candidat Iouchtchenko. «Les jeunes, les vieux, ça chantait, ça criait, c'était une atmosphère de party», raconte Mme Mota.

Une victoire prévue

De 250 à 300 personnes sont venues au cours de la journée de l'élection au Centre de la jeunesse ukrainienne afin de célébrer la victoire (encore non officielle) de Viktor Iouchtchenko à la présidentielle ukrainienne. L'élection du candidat de l'opposition, plus proche de l'Occident que son opposant pro-russe Viktor Ianoukovitch, n'a pas été confirmée, mais, pour les Ukrainiens de Montréal, la victoire de leur favori ne fait aucun doute.

«C'est le reflet de la volonté populaire. La victoire de Iouchtchenko était prévue. Ça s'est déroulé très bien. On avait peur qu'il y ait plus de tentations de fraudes de la part de l'administration Koutchma et de Ianoukovitch», affirme Roman Serbyn, Ukrainien d'origine et professeur associé d'histoire à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Les derniers résultats non définitifs donnent 52 % des votes à Viktor Iouchtchenko contre 44 % pour son adversaire, Viktor Ianoukovitch.

Pour le Congrès ukrainien canadien, une plus grande sensibilisation de la population a contribué à éviter les nombreuses fraudes du scrutin précédent (le 21 novembre). «Toute l'attention du monde entier a été tournée vers l'Ukraine, ç'a beaucoup aidé», soutient le président du CUC-section Québec, Ihor Kutash, fier de cette avancée démocratique. «C'est une virage important. Pour moi, ça montre l'épanouissement d'une société civile en Ukraine. Le peuple n'a pas peur comme avant, les gens sont prêts à prendre leur destin en main.»

M. Kutash déplore une situation préoccupante dans l'Est du pays, où la majorité de la population est favorable au candidat déchu Ianoukovitch. «Dans les régions de l'Est, c'est un peu décourageant, ça montre une polarisation de la population, mais le fait que les gens tiennent leurs positions, c'est bien. Une démocratie doit avoir des points de vue opposés», explique-t-il.

Pour Roman Serbyn, malgré la contestation massive, un soulèvement de cette partie du pays n'est pas envisageable. «Il n'est pas question de se soulever, les oligarques qui contrôlent cette région ont intérêt à garder le pays uni pour des raisons économiques», souligne le professeur.

Devant les menaces du candidat déchu Viktor Ianoukovitch de contester devant la Cour suprême les résultats de l'élection, les Ukrainiens de Montréal ne sont pas très inquiets. «Je pense que 8 % de majorité, c'est suffisant pour montrer qu'il y a une victoire claire de M. Iouchtchenko», soutient Ihor Kutash.

Roman Serbyn ajoute que Viktor Ianoukovitch n'est pas en mesure de causer de grands remous. «Apparemment, Ianoukovitch va contester en Cour suprême, mais le problème pour lui, c'est qu'il n'y a pas de grandes fraudes enregistrées, pas d'excès, explique-t-il. En novembre, Iouchtchenko avait enregistré près de 11 000 infractions tandis que, maintenant, Ianoukovitch en a environ 1000.»