Dans la ville indienne de Cuddalore - Des yeux rougis par les pleurs

Cette Indienne pleurait la mort de son fils, hier, à Cuddalore, à quelque 185 kilomètres au sud de Madras.
Photo: Agence France-Presse (photo) Cette Indienne pleurait la mort de son fils, hier, à Cuddalore, à quelque 185 kilomètres au sud de Madras.

Cuddalore — Un couple aux yeux rougis dépose le corps d'une fillette dans la fosse commune, l'enfant disparaît sous les pelletées de sable d'un bulldozer, il faut s'écarter, d'autres cadavres attendent, pas le temps de prier. Au lendemain des raz de marée, la ville indienne de Cuddalore enterrait et incinérait ses morts hier. Pour s'occuper au plus vite des vivants.

Cette localité de la côte sud-est de l'Inde, dans l'État de Tamil Nadu, le plus touché du pays (près de 2000 morts), a perdu 400 de ses 100 000 habitants. Près de la moitié étaient des enfants. Ceux-ci, dans la tradition hindoue, ne sont pas incinérés mais enterrés, contrairement aux adultes. Deux larges fosses ont été creusées près de la rivière en lisière de Cuddalore.

La plupart des 150 enfants, âgés de cinq à 12 ans, ont été enterrés comme ils ont été retrouvés: en habits du dimanche, sans suaire. Quant aux adultes, ils sont incinérés. «Il y aura un temps pour les larmes, mais plus tard. Maintenant, la priorité, c'est d'abriter les rescapés», explique Akilan, pêcheur de 28 ans, dont deux neveux sont morts dans les vagues qui ont frappé sa maison en bord de mer.

À deux kilomètres de là, à la morgue, les corps, jeunes et vieux, attendent d'être identifiés. Les médecins appellent les proches un par un tandis que des fourgonnettes toutes sirènes hurlantes continuent d'amener des cadavres. Beaucoup de gens ressortent en secouant la tête en silence. De temps à autre, un cri à fendre l'âme interrompt les conversations.

«Mon fils, mon roi!», hurle entre ses larmes Venkatesh, 37 ans, comme le corps de Suman, 11 ans, est installé sur un lit. Employé dans le bâtiment, Venkatesh travaillait depuis trois mois à Dubaï quand sa femme l'a appelé dimanche pour lui annoncer que leur fils était porté disparu après le tsunami. Rentré au matin, Venkatesh a retrouvé son épouse et sa fille quelques instants avant l'arrivée du corps de son fils. Un policier demande gentiment au père de sortir, d'autres parents attendent.

L'incertitude. Dimanche, Ananda Selvi, 30 ans, a attendu son époux Sudhakar, pêcheur, parti en mer. Les vagues arrivaient. «Je ne savais pas si je devais regarder la mer pour voir mon mari ou courir pour me sauver, alors j'ai couru, couru, couru, et voilà, je ne sais pas ce qu'il est devenu.»

Sur la rive balayée par l'eau gisent des bateaux en morceaux tandis que des cabanes ne restent que de frêles panneaux de bambou plantés dans le sol. «Nous avons couru dans tous les sens, puis la vague s'est retirée en aspirant des gens. Les autres ont couru, certains ont grimpé à des cocotiers. J'ai attrapé deux enfants près de moi et je me suis mise à courir. Une fois à sec, nous nous sommes rendu compte que certains d'entre nous manquaient», dit Tamilarasi, une femme de 47 ans aux yeux gonflés d'avoir tant pleuré. Elle a perdu cinq de ses proches, dont deux petits-fils, et son bateau de pêche.

Dans la salle des mariages, alors que les enfants rient et jouent à cache-cache, les adultes pleurent. Des dizaines de personnes qui ont perdu leur famille, leur maison, leur bateau, tous leurs biens, en quelques minutes.

Près de 22 000 rescapés de 45 villages de pêcheurs de la région de Cuddalore sont hébergés dans des bâtiments officiels, la prison, des salles de mariage, explique Gagandeep Singh Bedi, responsable administratif. Les plus chanceux ont étendu des draps au sol, les autres dorment à même le ciment.

«J'attends au moins 2000 blessés mais nous avons suffisamment de matériel médical» pour faire face, affirme S. Narayanswamy, chef de l'Hôpital général.