Témoignage d'un journaliste sri-lankais - «Trop de malheur»

Amblangoda — Le Sri Lanka a été le pays le plus touché par les raz de marée dévastateurs de dimanche en Asie du Sud, provoqués par un séisme de magnitude 8,9. Gemunu Amarasinghe, un journaliste sri-lankais qui a échappé de peu à la mort, témoigne:

«Les membres tordus de la petite fille en robe bleue étaient pris dans une barrière en bord de mer. Elle était peut-être déjà morte, mais personne ne s'est arrêté pour vérifier. Il y avait trop de malheur autour, et cette eau qui continuait à monter.

«Je venais de déposer mes parents sur la côte pour une cérémonie bouddhiste quand les raz de marée ont frappé le sud du Sri Lanka. Dimanche était le jour du "Poya", celui de la pleine lune. Selon la croyance bouddhiste, Bouddha est né, a atteint la lumière et est mort un jour de pleine lune. Pour ses fidèles, ces jours sont donc un moment qu'on doit passer à méditer.

«Je venais de déposer mes parents à Amblangoda et je revenais en voiture vers la capitale, Colombo, quand un message est arrivé sur mon téléphone portable: certaines parties des côtes sri-lankaises ont été frappées par des vagues anormalement grandes. Je n'ai pas eu besoin du message pour le savoir. Les gens couraient partout, et les premières vagues ont touché la route.

«Les premières n'étaient pas trop grandes, pas trop destructrices. Elles ont amené du poisson sur le rivage et les gens se sont précipités pour le ramasser. De jeunes garçons couraient en souriant, des poissons à la main.

«Mais une autre série de vagues s'est alors écrasée sur le rivage, beaucoup plus puissante.

«J'ai garé mon 4x4 et j'ai grimpé sur le toit, pensant que j'y étais en sécurité. J'ai commencé à prendre des photos — j'ai toujours mes appareils avec moi dans la voiture. Mais l'eau a continuer à monter. Et monter. En quelques minutes, mon 4x4 a été submergé et j'ai soudainement glissé à l'eau.

«J'ai ressenti une douleur aux genoux en atterrissant sur le sol après m'être cramponné à un poteau pour amortir le choc. Je me suis débattu dans l'eau, avec les gens qui couraient pour se mettre en sécurité un peu plus haut, certains portant des morts et des blessés. Des flots surmontés d'écume blanche s'engouffraient dans les rues et entre les maisons.

«J'ai compté 24 cadavres sur une portion de route de seulement six kilomètres. Les corps d'enfants étaient emmêlés dans du grillage servant à fermer les maisons de bord de mer. Les cadavres étaient emmenés sur la route, recouverts de sarongs et déposés là pour que les proches puissent les reconnaître. Debout sur la route, des rangées entières de femmes et d'hommes demandaient partout si quelqu'un avait vu leurs proches.

«J'étais hébété. L'ampleur de la tragédie m'a frappé au moment où j'ai vu la petite fille en robe bleue, prisonnière d'une barrière. Ce n'est qu'une fois que le niveau d'eau a commencé à baisser qu'on a pu vérifier. La petite fille, qui avait l'air d'avoir quatre à six ans, était morte.»