À la pointe nord de Sumatra - Banda Aceh est sous le choc

Banda Aceh — Bandah Aceh, sur l'île de Sumatra, est jonchée de cadavres en décomposition, d'épaves de voitures, de ruines. Dans la ville privée d'électricité et de téléphone, les habitants encore sous le choc du séisme et des raz de marée couraient les hôpitaux hier à la recherche des leurs proches disparus ou se réfugiaient par milliers dans les mosquées et écoles encore debout.

Au moins 3000 des 400 000 habitants de la capitale septentrionale d'Aceh ont péri après le séisme de magnitude 9 de dimanche. Banda Aceh est la ville la plus proche de l'épicentre, au large de la côte ouest de Sumatra.

Dans les faubourgs de Banda Aceh, quelque 500 corps en putréfaction sont alignés sous des tentes, dans une chaleur étouffante. «Où sont mes enfants? Où sont-ils? Pourquoi est-ce à moi que cela arrive? J'ai tout perdu!», pleure Absah, 41 ans, à la recherche de ses 11 enfants.

Les cadavres d'une dizaine d'enfants et de cinq adultes gisent dans les rues, certains ensevelis sous des gravats. À un croisement, une vache morte a été déposée par les eaux entre deux feux rouges. Après le séisme qui a détruit des dizaines de bâtiments, les raz de marée ont transformé les rues en rivières, emportant les maisons.

L'unique centre commercial est détruit, la mosquée, qui dominait l'horizon depuis des siècles, penche dangereusement. Les vivres, l'eau, le carburant et autres produits de base commencent déjà à manquer.

«Nous essayons d'enterrer correctement les morts, mais il y en a tellement! Nous craignons la propagation rapide du choléra et de la dysenterie», explique le Dr Indrawadi Tamin, de l'agence nationale des catastrophes naturelles. «Nous allons manquer de médicaments», s'inquiète son collègue Tambah Taibsyah, soignant une centaine de blessés graves à l'hôpital Cut Meutia.

Devant l'ampleur de la catastrophe, Djakarta devrait annoncer demain s'il a décidé d'assouplir les mesures empêchant depuis plus d'un an les étrangers — journalistes et organisations humanitaires internationales — de se rendre en Aceh, théâtre de violences séparatistes depuis 26 ans.