Tsunamis meurtriers - Le Japon, une cocotte-minute

Tokyo — Le Japon vit sur une cocotte-minute, mais tente de faire baisser la pression. D'après l'étude, dévoilée mi-décembre, du Conseil de gestion des catastrophes naturelles, un «Big One» (méga-séisme) d'une magnitude de 7 ou plus sur l'échelle de Richter frappera Tokyo avant 2035.

Jugé «inéluctable», il tuerait 13 000 Tokyoïtes et détruirait 800 000 habitations. Mais dans un Japon cerclé de mers et océans, d'autres études sont bien plus inquiétantes. Elles prennent (mieux) en compte les risques posés par les tsunamis, ces raz de marée déclenchés par une secousse sous-marine, aux effets parfois dévastateurs. Selon un groupe de sismologues du Kansaï, «un méga-séisme dans l'une des trois régions à risques du Japon tuerait 28 000 personnes, dont la moitié sous l'effet d'un tsunami». Dans le cas d'un «Big One» qui frapperait la région du Kansaï, le professeur Yoshiaki Kawata (université de Kyoto) a calculé au gré d'une simulation qu'un tsunami majeur pourrait noyer le centre-ville d'Osaka sous 50 000 mètres cubes d'eau, causant «des dégâts jamais vus».

Dans Le Naufrage du Japon, roman paru en 1973, la romancière Sakyo Komatsu décrivait un Japon dévasté par une série de méga-séismes puis sombrant sous des «rouleaux de mer». Prophétie ou excès de catastrophisme? Toujours est-il que depuis longtemps, le Japon dépense sans compter pour mieux prévenir les tsunamis. Premier rempart: les digues. Après 1945, et au fil des années 60 et 70, Tokyo a ordonné aux régions, priées de sacrifier l'esthétique des bords de mer, de bétonner leurs cotes. Résultat: l'archipel compte aujourd'hui 9000 kilomètres de digues et d'aménagements anti-tsunami. Est-ce assez? Non.

D'après une mission, fin 2003, du ministère nippon de l'Aménagement du territoire, «les digues ne sont pas assez hautes». Pire, au moins 15 % d'entre elles ne résisteraient pas à un séisme! L'étude conclut à l'urgence de les renforcer. Mais «un siècle de travaux n'en viendrait pas à bout». C'est pourquoi la prévention reste le meilleur rempart. Dans l'idéal, il tient en trois points: une information ultra-rapide, l'automaticité de l'alerte et l'évacuation urgente des populations. En cas de tsunami, l'alerte est délivrée par l'Agence météorologique nippone (JMA), qui a habilement subdivisé le territoire nippon en dix-huit blocs gérés par six centres régionaux et reliés aux municipalités et secours (police, pompiers, hôpitaux, voire armée). Pour informer leur population, les municipalités, villes et villages isolés, sont (logiquement) toutes équipées de sirènes et haut-parleurs. Radios et télévisions bouleversent leurs programmes.

En première ligne, Radio NHK et la chaîne de télé NHK réagissent à la seconde. Elles informent aussitôt la population et fixent les instructions à suivre. Chaque premier septembre, la «journée de prévention des catastrophes» permet à la population et aux sauveteurs de parfaire leur formation. Le Japon adapte son dispositif d'alerte en permanence. En 1995, le système national de détection automatique des raz de marée (76 centres d'observation côtiers) a été revu. Au printemps 2004, un système de détection testé avec succès depuis trois ans a été installé en mer au large de Shikoku (sud du Japon).

Mis au point par des ingénieurs de Todaï (université de Tokyo) et l'industriel Hitachi Zozen, il consiste en une sorte de bouée en fer embarquant des technologies reliées par satellite à un système GPS (Global Position System) dont les données peuvent être lues et analysées (presque) en temps réel. Plusieurs fois, la bouée a aidé à détecter des tsunamis. Une fois avec un délai de quatre minutes. Quelques petites minutes qui, dimanche, auraient très probablement aidé à sauver des milliers de vies.