Mort d'un des derniers vétérans de 14-18

Ottawa — L'odeur du sang frais flottant sur les champs de bataille était, pour Paul Métivier, le souvenir le plus vivace — et le plus horrible — de la Grande Guerre.

M. Métivier, qui est décédé à l'âge de 104 ans mercredi dernier, avait comme bien d'autres triché sur son âge, s'enrôlant à 16 ans en disant en avoir 19, surtout parce qu'il voulait «monter à cheval». Maintenant qu'il a disparu, le pays ne compte plus que six vétérans ayant vécu ce conflit, qui s'est déroulé surtout dans les tranchées.

La santé de Paul Métivier déclinait depuis quelques mois, explique sa fille, Monique, d'Ottawa. «Mais il insistait toujours pour être à la cérémonie du 11 novembre, au cénotaphe, et il acceptait volontiers le thé offert ensuite par le gouverneur général.»

Né en juillet 1900 à Montréal, où il s'est enrôlé, le vétéran a passé ses dernières années dans une maison de retraite à Ottawa, non loin de la maison où il a élevé sa famille, dans le quartier de la Côte de Sable.

Jeune militaire, il était en Belgique et en France entre juillet 1917 et mai 1918. Avec le rang d'artilleur, il a le plus souvent transporté les munitions pour approvisionner les batteries. Un de ses souvenirs les plus vifs est celui d'«une route complètement recouverte de sang». Il a vu la bataille de la crête de Vimy, près d'Arras, dans «une mer de boue, pas un brin d'herbe, pas un buisson, pas un arbuste ni un arbre en vue. On voyait l'éclair des canons qui tirent, l'explosion de l'obus touchant le sol, et seulement alors on entendait l'explosion», lit-on sur le site du ministère des Anciens Combattants. Mais la boue était trop épaisse et les chevaux n'ont pas résisté: il a fallu les remplacer par des mules, qui arrivaient à avancer.

Quand son jeune âge fut découvert, il fut renvoyé en Angleterre, dans la Young Soldiers Unit, et rapatrié au Canada en octobre 1918. Décoré de la Médaille de guerre britannique et de la Médaille de la Victoire, il a reçu aussi «l'insigne de la Catégorie A» en 1918.

Entré en 1920 au ministère de l'Énergie, des Mines et Ressources (devenu celui des Ressources naturelles), il prend sa retraite comme gestionnaire aux services cartographiques en 1965. En 1942, son fils Roland est mort à la guerre 1939-45, quand il était dans l'aviation.