Le monastère de Berthierville échappe à un incendie

Le monastère des moniales de Berthierville est un des rares monastères de religieuses contemplatives subsistants qui soit construit hors des grands centres urbains.
Photo: K-Films Amérique Le monastère des moniales de Berthierville est un des rares monastères de religieuses contemplatives subsistants qui soit construit hors des grands centres urbains.

Un autre bâtiment classé par l’État québécois, le monastère des Moniales de Berthierville, a passé bien près d’être détruit. Dans la nuit du 23 mai, au petit matin, l’ancien monastère des Moniales dominicaines à Berthierville a été victime d’un incendie suspect. Une enquête a été ouverte par les policiers de la Sûreté du Québec.

L’incendie, jugé d’emblée curieux, prospérait à partir d’un foyer situé à l’arrière du bâtiment qui conduit aux étages supérieurs. Selon Sébastien Proulx, porte-parole des pompiers de Berthierville, un appel a été reçu à 5 h 30 du matin. Environ 25 pompiers ont dû intervenir. Il n’y a eu heureusement aucun blessé. On ignore pour l’instant l’étendue des dégâts. La SQ a indiqué au Devoir que l’incendie était très certainement d’origine criminel. Plusieurs incidents ont été signalés.

Le monastère des Moniales est l’un des rares monastères de religieuses contemplatives subsistants construit hors des grands centres urbains. Malgré tout, le bâtiment était promis à la démolition en 2019. Faute de règlement de préservation, la municipalité de Berthierville avait d’abord accordé au nouveau propriétaire un permis pour le raser. Au même moment, la MRC recommandait, au contraire, de le préserver.

Cet édifice conventuel de style néo-roman, dessiné en 1934 par un professeur de l’École des beaux-arts de Montréal, avait été sauvé in extremis du pic des démolisseurs, au plus grand déplaisir du promoteur immobilier André St-Martin. Celui-ci avait projet d’utiliser les terrains pour « un développement », avait-il expliqué au Devoir. Le dossier est depuis devant les tribunaux.

M. St-Martin conteste depuis l’à-propos de la protection que le ministère de la Culture et des Communications (MCC) a accordée au bâtiment. Il avait fait savoir que l’acquisition du bâtiment était motivée par l’intention de le démolir.

Devant la pression populaire, la démolition avait été bloquée à la dernière minute par le MCC. Le bâtiment se trouve au cœur du film Amoureuses, réalisé par Louise Sigouin en 2019.

Des destructions à répétition

Plusieurs bâtiments patrimoniaux ont été détruits, ces dernières années, déplore Action patrimoine, un organisme national qui tente depuis 1975 de protéger et de mettre en valeur le patrimoine québécois. « Nous sommes inquiets de constater la disparition de nombreux bâtiments patrimoniaux protégés ou non, et ce, sur l’ensemble du territoire québécois. »

Plusieurs édifices ont été réduits en cendre par des flammes suspectes. En Gaspésie, la plus vieille maison de la péninsule a été incendiée au printemps 2020, après avoir échappé à d’autres tentatives du genre. Le bâtiment était pourtant classé par l’État. Il jouissait de la protection de la loi, comme c’était le cas aussi pour le manoir Taschereau. Situé en Beauce, cet immeuble a aussi été victime d’un incendie criminel. Au moment du drame, à l’hiver 2021, plusieurs déploraient que ce bâtiment ayant abrité une des plus importantes familles politiques du Québec soit laissé à l’abandon et sans surveillance depuis des mois.

À Québec, l’imposante villa Livernois a aussi été détruite par un incendie d’origine suspecte. Des citoyens militaient pour que ce bâtiment d’exception soit protégé. Un feu difficile à expliquer a aussi eu raison de la maison Salaberry-Juchereau-Duchesnay, considérée d’intérêt patrimonial supérieur.

Est-ce que ces incendies d’immeubles patrimoniaux auraient pu être évités ? Des procédures d’entretien et de sécurité appropriées ne sont pas forcément en vigueur dans des bâtiments patrimoniaux. Action patrimoine observe qu’en vertu de la loi actuelle sur le patrimoine culturel, les municipalités devraient à tout le moins « se doter d’un règlement d’entretien ».

Le MCC a répondu au Devoir qu’il revenait entièrement « aux propriétaires des immeubles et des sites patrimoniaux classés d’assurer la sécurité, notamment la sécurité incendie, de leurs propriétés », tout en signalant que de l’aide financière est disponible « pour mettre en place des mesures de sécurité incendie dans les bâtiments classés ».

Action patrimoine dit suivre de près, depuis 2019, l’évolution du dossier du monastère de Berthierville. « Nous suivons avec intérêt le dossier et nous attendons les développements relatifs à l’incendie et à l’état du bâtiment. »

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