Hydro-Québec progresse, mais les secteurs isolés prendront encore du temps avant d’être rebranchés

Il restait mercredi encore plus de 80 000 abonnés privés de courant depuis les orages de samedi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Il restait mercredi encore plus de 80 000 abonnés privés de courant depuis les orages de samedi.

Les équipes d’Hydro-Québec travaillent toujours d’arrache-pied pour redonner la lumière aux abonnés privés d’électricité, mais plus elles avancent, plus le travail prend du temps.

La présidente et chef de la direction de la société d’État, Sophie Brochu, s’est rendue en personne dans la forêt de Morin-Heights, dans les Laurentides, mercredi, pour constater les dégâts et faire le point avec les médias.

Aux abonnés toujours privés de courant, elle avait ce message : « On les lâchera pas. On va être ici jusqu’à ce que le dernier soit raccordé, mais plus le temps avance, plus c’est compliqué et plus c’est long. »

On a ainsi pu apprendre que ce sont pas moins de 500 poteaux et 100 transformateurs qui auront été remplacés d’ici la fin des travaux de rétablissement. Jusqu’ici, quelque 300 poteaux ont été replantés.

Accompagnée du vice-président aux opérations Régis Tellier, Mme Brochu a expliqué que chaque site doit d’abord être sécurisé, puis déblayé de la végétation et réparé avant de rebrancher : « Au début des pannes, quand on fait ça, on peut raccorder 2000, 3000, 4000 clients d’un coup. Plus on avance dans le temps, on fait exactement la même chose et on raccorde deux, trois, quatre clients à la fois. C’est pour ça que c’est si long. »

Le pire sinistre depuis le verglas

 

Aussi, a-t-elle fait valoir, l’ampleur du sinistre est exceptionnelle : « La zone de frappe a été très grande, 100 kilomètres par 300 kilomètres. En trois heures, quatre heures, on a perdu un demi-million de clients, une affaire de fou. Depuis le verglas (de 1998), c’est pas mal ce qui nous est arrivé de plus important et de plus costaud. »

« 90 % de nos pannes ce sont des cas de végétation, a renchéri de son côté Régis Tellier. Ce sont de gros arbres qui sont tombés sur nos fils. »

« Un de mes gestionnaires me disait qu’en 25 ans, il n’a jamais vu ça », a-t-il ajouté, précisant à titre d’exemple qu’il faudrait toute la journée pour redonner le service à seulement 371 clients dans le secteur de Morin-Heights.

Vendredi ou samedi dans les pires cas

 

Il restait toujours un peu plus de 80 000 clients privés de service en début d’après-midi mercredi, dont plus de la moitié dans les Laurentides. Lanaudière et l’Outaouais étant les deux autres régions les plus affectées.

Les deux dirigeants se sont dits convaincus de pouvoir rétablir le service pour la majorité des clients affectés d’ici la fin de la journée mercredi ou durant la journée de jeudi.

Certaines résidences plus isolées ou plus difficiles d’accès devront toutefois attendre plus longtemps, a reconnu M. Tellier : « Il y a des cas qui pourraient aller jusqu’à vendredi, peut-être plus samedi, parce qu’il y a des cas très isolés. Juste avoir accès, parfois, on ne peut pas se rendre ».

Pas d’impact sur les tarifs

Sophie Brochu a dit croire que cette opération coûtera « plusieurs dizaines de millions » à la société d’État, mais elle a assuré que ces sommes ne seront pas refilées aux clients puisque le gouvernement Legault a assujetti les hausses de tarifs à l’inflation et devrait même plafonner une éventuelle hausse en raison de la flambée inflationniste des derniers mois : « C’est à la charge du bénéfice d’Hydro-Québec. Ce ne sont pas les clients qui vont payer ça. »

Hydro-Québec ne se crée d’ailleurs pas d’illusions pour l’avenir : « Ce genre d’événement va se produire de plus en plus », a-t-elle reconnu en référence aux événements météorologiques extrêmes qui sont l’héritage des changements climatiques.

Se préparer pour les prochaines fois

 

« Aujourd’hui, les entreprises et Hydro-Québec au premier chef sont toutes responsables d’essayer d’évaluer quels peuvent être les impacts de ces changements sur leurs opérations, sur leurs infrastructures et développer des plans. »

Mais il ne faudra pas s’attendre à voir les fils enfouis, a averti la présidente : « Le réseau est aérien. Ça ne s’enfouit pas un réseau de distribution à grande échelle. Pour donner une idée, ce serait 100 milliards de dollars enfouir le réseau d’Hydro-Québec. Alors ce qu’on peut faire dans une région comme ici, d’abord, c’est de faire un effort. On investit 100 millions de dollars par année maintenant en contrôle de végétation. »

Mais ces investissements ne donnent pas grand-chose avec un événement comme celui de samedi dernier puisqu’on ne parle pas de branches, mais bien d’arbres complets qui ont été soufflés comme des allumettes.

Ajouter de la résilience

 

Hydro-Québec se penche donc sur les technologies qui pourraient ajouter de la résistance et de la résilience « avec des équipements de type batteries, avec des amenées solaires. Quelqu’un voudrait s’installer ici par exemple, un panneau solaire sur sa maison, ce n’est pas rentable de le faire, parce que ça coûte trop cher par rapport au tarif d’électricité. Mais il y a probablement un modèle d’affaires d’Hydro-Québec qui peut elle-même installer certains équipements solaires pour essayer de donner de la résistance et de la résilience à une région. »

« Maintenant, ce qu’on a vu, c’est gigantesque. On ne pourra jamais se prémunir contre ce qu’on a eu là », a-t-elle tout de même reconnu.



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