La Commission municipale du Québec demande la destitution du maire Serge Péloquin

En espionnant le greffier de la Ville, le maire de Sorel-Tracy aurait abusé de ses fonctions.
Page Facebook de Serge Péloquin En espionnant le greffier de la Ville, le maire de Sorel-Tracy aurait abusé de ses fonctions.

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, a abusé de ses fonctions quand il a installé un micro dans le bureau du greffier de la Ville pour épier ses conversations, estime la Commission municipale du Québec (CMQ) qui demande à la Cour supérieure de le déclarer inhabile à siéger comme élu pendant un an.

En novembre 2020, Serge Péloquin avait installé dans son propre bureau un appareil électronique permettant de capter le son et l’image, dissimulé dans une pile de papiers. Pendant deux jours, il a enregistré les rencontres et les appels téléphoniques qui s’y déroulaient, indique la requête que vient de déposer la CMQ en Cour supérieure.

Le maire a ensuite installé l’appareil dans le bureau du greffier René Chevalier à l’insu de celui-ci. L’équipement avait été placé au-dessus de la bibliothèque, la caméra étant orientée vers le plafond. L’appareil était relié à une application installée sur le téléphone cellulaire du maire et celui-ci pouvait actionner l’enregistrement quand il le souhaitait.

Ce n’est que quinze mois plus tard, soit le 7 avril dernier, que le greffier a découvert l’appareil et en a informé le directeur général de la Ville. Lors d’une rencontre, Serge Péloquin aurait invoqué les pouvoirs accordés au maire par l’article 52 de la Loi sur les cités et villes pour justifier la surveillance effectuée sur le greffier. « Il estimait que les reproches qu’il faisait au greffier n’étaient pas pris au sérieux », souligne la requête.

Or, allègue la CMQ, la Loi sur les cités et villes ne permettait pas à l’élu d’installer un appareil électronique dans le bureau du greffier. C’est plutôt au directeur général de la Ville, qui est responsable de la gestion des ressources humaines, de documenter les dossiers disciplinaires des employés, précise-t-on.

« Il a eu accès à des conversations de nature privée auxquelles participait le greffier. En procédant comme il l’a fait, le défendeur a abusé de ses fonctions et s’est arrogé celles du directeur général », indique la CMQ. « Les gestes du défendeur constituent une atteinte sérieuse à l’honneur et à la dignité de la fonction d’élu municipal qui justifie qu’il soit déclaré inhabile à exercer la fonction d’élu municipal pour une période d’un an. »

La CMQ demande donc à la Cour supérieure de se prononcer sur cette affaire et le dossier sera entendu le 8 juin prochain.

La découverte du micro dans le bureau du greffier avait créé une onde de choc à l’hôtel de ville de Sorel-Tracy le mois dernier. La Sûreté du Québec (SQ) et la CMQ avaient alors ouvert une enquête. Ébranlés, des fonctionnaires avaient accusé le maire d’avoir brisé le lien de confiance avec les employés. Et lors du conseil municipal du 2 mai, les élus avaient adopté à la majorité une motion de non-confiance à l’endroit de Serge Péloquin. Le maire avait alors affirmé que le Service des ressources humaines de la Ville était au courant de la surveillance du greffier. Le 6 mai dernier, une perquisition à la résidence du maire avait été effectuée par l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Serge Péloquin n’a pas rappelé Le Devoir mardi.

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