Coût de l'électricité: les consommateurs se sentent floués

Les Québécois paient leur électricité plus cher qu'il n'en coûte à la produire et Hydro-Québec doit venir justifier en commission parlementaire, et pas seulement devant la Régie de l'énergie, ses intentions de relever les tarifs.

C'est ce qu'a affirmé hier la porte-parole de l'opposition en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, qui a aussi été ministre responsable du portefeuille énergétique dans le gouvernement Landry. Mme Dionne-Marsolais réagissait au dévoilement des coûts de production de l'hydroélectricité de la Baie-James, soit le tiers de la production québécoise, dans le cadre de l'étude d'impacts sur la dérivation des eaux de la Rupert.

L'étude d'impacts révèle — ce qu'Hydro-Québec n'a jamais voulu divulguer devant la Régie de l'énergie — que l'électricité de la Baie-James lui coûte en moyenne 1,58 ¢ du kilowatt-heure (kWh). Elle vend à sa filiale Distribution cette électricité, qui fait partie pour l'essentiel de ce qu'on appelle le bloc «patrimonial» de 165 TWh, au prix de 2,79 ¢ le kWh. Et sa filiale Distribution la vend au propriétaires du secteur résidentiel à 6,3 ¢ du kWh, incluant le transport et la distribution. Le bloc d'électricité patrimoniale, soit la base de la consommation au Québec, a été gelé au prix de 2,79 ¢ parce que la Régie de l'énergie n'a plus mandat de contrôler les coûts de la production d'électricité, ce qui exigeait un autre moyen pour éviter que le monopole public n'abuse de sa position dominante dans le marché québécois.

Il y a quelques semaines, le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, lançait un ballon qui a fait frémir les associations de consommateurs, petits et grands. Il affirmait qu'il serait très avantageux pour le Trésor public qu'Hydro-Québec hausse le prix de l'électricité patrimoniale de 2,79 ¢ du kWh à 7 ou 8 ¢ du kWh, soit le prix de l'électricité acheté dans les blocs d'énergie achetés récemment par appel d'offres avec le secteur privé.

Ces faits, estime Mme Dionne-Marsolais, «contredisent l'affirmation selon laquelle l'électricité patrimoniale ne reflète pas le vrai coût de l'électricité. Au contraire, les Québécois paient même un peu plus cher que ce qu'il en coûte vraiment. [...] L'hydroélectricité est une variable stratégique du développement économique, social et régional du Québec depuis plus de 40 ans et dans un contexte de mondialisation, elle doit le demeurer.»

Quant aux groupes de consommateurs, ils ont eux aussi bondi, d'autant plus qu'Hydro réclame une nouvelle hausse de 2,5 %.

«Ce sont des données qui étaient restées secrètes», a noté Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs, qui ajoute cependant qu'elles ne peuvent être invoquées devant la Régie de l'énergie, à qui Québec a enlevé le mandat de valider les coûts de production d'Hydro-Québec avec la loi 116.

«On trouve ça incroyable», a dit Geneviève Reid, responsable de la recherche à Option consommateurs. «Ça n'a aucun sens qu'on demande des hausses de tarif. Il faut revoir le cadre réglementaire de la production d'Hydro-Québec.»

«Quand on nous dit qu'il s'agit là d'une subvention [pour le bloc patrimonial d'électricité vendu à rabais aux Québécois], on nous ment. Les chiffres dévoilés aujourd'hui le démontrent. On se fait bourrer!», ajoute de son côté Charles Tanguay.

De son côté, Hydro-Québec a tenté de se justifier.

«Le 1,58 ¢ par kilowattheure est pour trois centrales de la Baie-James, et non pour les 18 (au Québec), a dit Christine Martin, porte-parole d'Hydro-Québec. [...] Le coût de production de l'ensemble du parc d'Hydro-Québec est de 2 ¢.»