Des élèves continuent de porter le masque pour «se cacher» le visage

Certains craignent les commentaires et veulent masquer leur acné ou ce qu’ils considèrent comme des imperfections physiques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Certains craignent les commentaires et veulent masquer leur acné ou ce qu’ils considèrent comme des imperfections physiques.

Le masque n’est plus obligatoire dans les écoles depuis le 14 mai, et la décision de le porter est maintenant laissée à la discrétion de tout un chacun. Si des élèves souhaitent le garder pour protéger leur entourage et les personnes vulnérables, des enseignants constatent que des jeunes se couvrent le visage avant tout pour cacher leur apparence physique, ce qui suscite réflexions et inquiétudes.

Lors du retour en classe lundi, Florence Coderre, qui enseigne à des classes de 2e et 3e secondaire au collège de L’Assomption, a remarqué qu’une poignée d’élèves par groupe préféraient garder le masque. Pas par crainte de la COVID-19, raconte-t-elle au Devoir. « Ce que j’ai trouvé inquiétant, c’est qu’en prenant le pouls, j’ai constaté que la plupart le gardaient par habitude, ou parce que ça cache leurs défauts physiques. Ils ne veulent pas montrer leur visage, ils veulent se cacher », dit-elle. Ces jeunes lui ont dit se sentir « exposés, presque comme nus », ajoute-t-elle.

D’autres enseignants ont rapporté au Devoir avoir constaté le même phénomène dans leurs classes. Certains craignent les commentaires de leurs camarades et veulent masquer leur acné ou ce qu’ils considèrent comme des imperfections physiques, ou n’aiment pas montrer leurs appareils orthodontiques.

Bien que ce ne soit pas la majorité des élèves, la situation trouble Florence Coderre. « L’acceptation de soi est déjà un défi de taille à l’adolescence, encore plus lorsque ça devient possible de cacher ce qui nous déplaît », pense-t-elle. Il faut porter une attention particulière à ces élèves, estime-t-elle, et ouvrir la discussion à ce sujet. « Je n’ai pas envie que cette génération soit celle qui reste marquée par cette pandémie en se cachant derrière un masque qui, avant, ne faisait pas partie de notre univers », dit-elle.

Marie-Hélène Lefebvre, psychologue scolaire au centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries, note que les élèves doivent apprendre à assumer leurs petits défauts.

« Il faut voir comment on peut tranquillement se distancier du regard des autres. C’est un processus, l’estime de soi est un gros enjeu à l’adolescence, tout comme l’identité », dit-elle.

Il faut laisser les élèves s’adapter « sans pathologiser quoi que ce soit », insiste de son côté Céline Leroux-Chemla, psychologue à l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont. Il faut « s’approprier ce changement de manière naturelle sans intervention spécifique. Ne pas faire de réflexion sur le fait de le porter encore ou ne plus le porter en demandant pourquoi…, laisser les personnes s’exprimer par elles-mêmes », pense-t-elle. « Si l’élève en parle de manière spontanée, accueillir sa réflexion en validant son ressenti sans jugement », ajoute-t-elle.

Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), constate qu’une majorité d’élèves ont cessé de porter le masque après la levée de l’obligation le 14 mai et réitère que les écoles leur laissent la liberté de le porter ou non.

« On ne posera pas de questions à l’élève sur les raisons pour lesquelles il porte le masque, dit-il. Mais s’il venait à nos oreilles, comme intervenant scolaire, une situation de la sorte, notre rôle est de travailler de concert avec les parents pour voir ce qu’on peut faire, pour aider le jeune à rebâtir son estime de soi. » Il ajoute qu’il y a une augmentation de l’anxiété et des enjeux de santé mentale chez les élèves depuis la pandémie, une situation avec laquelle les écoles et les familles doivent composer.

Plusieurs raisons

 

Trois à cinq élèves par classe continuent de porter le masque dans l’école secondaire où Marie-Hélène Lefebvre travaille, et la gêne de se montrer en public fait partie des raisons, mais ce n’est pas la seule, note-t-elle. « Ce n’est pas la première raison que les élèves m’ont nommée spontanément », nuance-t-elle. « Certains veulent protéger leurs grands-parents. Une élève me disait avoir peur de manquer l’école en attrapant la COVID-19, parce qu’elle a un horaire chargé avec des cours enrichis. D’autres ont des activités parascolaires avec des compétitions qu’ils ne veulent pas manquer », détaille-t-elle. Elle note également une tendance au conformisme dans les comportements.

Maude Laverdière, élève de 5e secondaire à la polyvalente Marcel-Landry, préfère garder le masque pour des questions de prévention, comme il y a encore des décès et des hospitalisations. Mais elle sent cette pression de ne plus le porter, parce qu’elle est en petite minorité à son école, même si on ne lui fait pas de commentaires à ce sujet. « Les regards ne me dérangent pas, dit-elle. Dans mon groupe d’amis, nous sommes trois à continuer de le mettre, et c’est moins difficile. Mais être seule, je sentirais la pression et je voudrais faire comme les autres. »

Reste que l’idée d’enlever le masque rend certains jeunes anxieux, comme la fille de 8 ans d’Émilie Sauriol. « Pour elle, c’est un stress. Elle a peur que le confinement recommence, peur de tomber gravement malade. Elle a aussi dit : “si je ne le mets pas, que je l’attrape et vous le donne, vous allez peut-être mourir à cause de moi” », raconte-t-elle au Devoir. Ses parents lui ont expliqué que les risques étaient faibles, mais la petite ressent malgré tout de l’angoisse.

« On n’est pas antimasques, elle est vaccinée et tout, mais elle est stressée, ce qui nous brise le cœur. Elle a l’impression qu’elle a une responsabilité envers l’ensemble de sa société », ajoute sa mère.



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