Huawei et ZTE bannis des réseaux 5G canadiens

Les conservateurs recommandaient depuis longtemps aux libéraux d’interdire à Huawei de participer à l’élaboration de l’infrastructure de la 5G au pays, estimant que cela permettrait à Pékin d’espionner plus facilement les Canadiens.
Photo: Mark Schiefelbein Associated Press Les conservateurs recommandaient depuis longtemps aux libéraux d’interdire à Huawei de participer à l’élaboration de l’infrastructure de la 5G au pays, estimant que cela permettrait à Pékin d’espionner plus facilement les Canadiens.

Les équipementiers chinois Huawei et ZTE ne pourront pas participer à la construction des infrastructures sans fil de cinquième génération (5G) au Canada. Cela met fin à plusieurs mois de tergiversations du gouvernement Trudeau, mais ce dernier refuse de prédire quelles retombées cette décision pourrait avoir sur ses relations avec son homologue chinois.

« Notre gouvernement annonce aujourd’hui son intention d’interdire l’utilisation des composants de Huawei et de ZTE dans les systèmes de télécommunications 5G au Canada. Cela fait suite à un examen approfondi [de la sécurité des réseaux] par nos agences et à une consultation avec nos alliés, incluant les États-Unis », a déclaré dans un point de presse jeudi en fin d’après-midi François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie. M. Champagne était accompagné de Marco Mendicino, ministre de la Sécurité publique.

« Les réseaux 5G qui sont déployés partout au pays en ce moment représentent une occasion majeure pour notre compétitivité et notre croissance, mais cela vient également avec certains risques », a ajouté Marco Mendicino. « Il est de notre responsabilité d’aider les Canadiens à saisir ces occasions tout en les protégeant des risques. »

Le Canada imite ainsi ses plus proches alliés politiques, même s’il a tardé à le faire. « Ce n’était pas une course », a rappelé à quelques reprises le ministre Champagne. Cela confirme aussi l’inquiétude d’Ottawa quant aux risques d’espionnage et d’infiltration par des agents du gouvernement chinois, dans une infrastructure jugée stratégique pour la sécurité du pays, à travers l’équipement chinois.

« Pour le Canada d’abord »

Les ministres Champagne et Mendicino n’ont pas voulu se prononcer sur les répercussions que cette décision pourrait avoir au sein du gouvernement chinois, qui pourrait bien mal accueillir cette nouvelle. « Nous avons pris une décision pour le Canada d’abord et qui est en ligne avec ce qui a déjà été décidé par nos alliés », a insisté François-Philippe Champagne.

Cette temporisation aura eu l’avantage de permettre aux fournisseurs de réseaux canadiens de trouver d’autres fournisseurs que ces deux sociétés chinoises pour les aider à construire leurs réseaux 5G, ce qui minimisera les effets négatifs que cette annonce pourrait avoir sur leurs activités.

Les deux élus ont également annoncé qu’un cadre législatif plus large et plus détaillé sur la sécurité des infrastructures touchant aux secteurs de la finance, des télécommunications, de l’énergie et du transport sera dévoilé prochainement.

Les partis de l’opposition n’ont pas manqué de souligner la lenteur avec laquelle le gouvernement libéral a agi dans ce dossier. « Depuis des années, l’inaction du gouvernement libéral face à cette décision est un embarras international », ont déclaré les députés conservateurs Raquel Dancho et Gérard Deltell.

« La décision d’aujourd’hui d’interdire définitivement Huawei du réseau 5G du Canada est attendue depuis longtemps », a de son côté affirmé le député néodémocrate Brian Masse.

Plus de trois ans de conflits

 

Cette annonce arrive pratiquement trois ans après que l’ex-ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale a promis, avant l’élection fédérale de 2019, une décision rapide quant au rôle permis à Huawei dans l’érection des réseaux 5G au pays.

Ces réseaux sans fil de cinquième génération représentent une avancée technologique importante jugée critique par plusieurs experts, car elle est considérée par plusieurs comme l’équivalent sans fil des réseaux filaires à haute vitesse. Plusieurs croient que la 5G permettra la création de nouvelles applications et technologies transformatrices pour l’économie au même titre que l’ont été les premiers réseaux 3G il y a un peu plus d’une dizaine d’années.

Assurer la pérennité de ces réseaux est donc un enjeu que les gouvernements partout dans le monde prennent très au sérieux. Dans ce contexte, la proximité avec le gouvernement chinois des principaux dirigeants de Huawei — un équipementier qui a largement profité de conditions d’affaires favorables en Chine pour prendre de l’avance dans le développement de sa propre technologie sans fil — a rapidement inquiété plusieurs pays occidentaux.

Le gouvernement canadien a par ailleurs dû jongler avec une crise diplomatique liée à l’arrestation au pays et à la demande des États-Unis de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, il y a trois ans et demi. En représailles, la Chine a plus tard arrêté deux hommes d’affaires canadiens — Michael Kovrig et Michael Spavor. Mme Wanzhou a été relâchée en septembre dernier. Quelques jours plus tard, les deux Michael sont revenus au Canada.

En plus des questions de sécurité nationale, d’autres interrogations ont également été soulevées ces derniers mois par différents experts en télécommunications sur le rôle joué par Huawei dans la débâcle de l’équipementier canadien Nortel au début des années 2000.

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