Logement - Montréal risque de perdre l'accès aux mesures d'urgence

Photo: Jacques Nadeau

Une légère augmentation du nombre de loyers disponibles pourrait exclure Montréal du programme de mesures d'urgence du gouvernement du Québec, alors que les logements moins dispendieux ou plus spacieux ne sont pas légion.

Selon les données diffusées hier par la SCHL, le taux de logements inoccupés sur l'île est passé de 1,1 % en octobre 2003 à 1,7 % cette année.

Or, le décret du gouvernement du Québec sur l'aide aux victimes de la crise du logement, qui doit être renouvelé en vue du 1er juillet prochain, s'applique uniquement aux villes qui affichent un taux d'inoccupation de 1,5 % et moins. Outre la métropole, Gatineau serait également exclue du programme, avec un taux de 2,1 % (comparativement à 1,2 % en 2003).

Cette situation inquiète à la fois les groupes de locataires et la Ville de Montréal. C'est que les grands logements et les logements bas de gamme (moins de 600 $) se font encore très rares: les taux sont respectivement de 1,1 % et 1 % dans ces catégories. En comparaison, les taux d'inoccupation se situent à 2,3 % pour les studios et 3,5 % pour les logements de plus de 900 $.

«Il faut absolument qu'il y ait des pourparlers avec le gouvernement du Québec pour trouver une solution. [...] Le 1er juillet, il y a beaucoup de ménages qui ne pourront pas se loger si le décret est encore en vigueur tel quel», fait valoir le responsable de l'Habitation à la Ville de Montréal, Cosmo Maciocia, observant qu'une bonne part des ménages à faible revenu sont constitués de familles avec enfants.

Outre l'entreposage des meubles et l'hébergement d'urgence, le programme de Québec prévoyait l'an dernier l'octroi de 1200 suppléments au loyer d'urgence, dont la plupart ont été distribués à Montréal.

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) estime que Québec devrait aider les villes tant que leurs taux d'inoccupation sont sous la barre de 1,5 % pour toutes les catégories de logement. «En quoi est-ce plus facile de se loger pour des familles, lorsqu'il y a plus de studios qui sont libres?», s'interroge le porte-parole de l'organisme, François Saillant. Son collègue du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCALQ), André Trépanier, renchérit: «On ne peut pas dire aux gens qu'on ne s'occupe plus d'eux parce que théoriquement les statistiques montrent qu'il n'y a plus de pénurie.»

Légère amélioration au Québec

La plupart des villes aux prises avec la pénurie ont vu leur situation s'améliorer très légèrement cette année. Dans l'ensemble du Québec, le taux est passé de 1,3 à 1,7 %.

Économiste à la SCHL, Kevin Hugues qualifie cette variation de «marginale». C'est que la hausse de l'offre de logements locatifs n'a pas été aussi importante que dans le secteurs des condos et des résidences pour personnes âgées, alors que la demande demeurait soutenue, principalement en raison du grand nombre d'immigrants venus s'installer au Québec.

Cette marche vers le rétablissement d'un taux d'équilibre, estimé à 3 %, devrait se poursuivre lentement l'an prochain. «Le taux devrait croître graduellement pour s'établir à 2 % à Montréal», explique M. Hugues.

Bien qu'encore très lente, cette progression semble plus rapide sur l'île de Montréal que dans les couronnes, où l'on remarque même une diminution du nombre de logements disponibles dans certaines zones. Peut-être est-ce dû aux locataires montréalais qui ont acheté des propriétés en banlieue, libérant ainsi des logements sur l'île. «C'est l'explication la plus plausible», note Paul Cardinal, économiste responsable de la région métropolitaine à la SCHL.

Reflet d'un marché un peu moins serré, l'augmentation des loyers a été un moins marquée cette année, soit 3,3 % pour les logements de deux chambres à coucher, comparativement à 4,2 % l'an dernier. Cela demeure toutefois supérieur à l'inflation.

Devant la plus grande disponibilité des logements, les associations de propriétaires ont invité le gouvernement à y aller modérément avec la construction de logements abordables. «Nous ne voudrions pas revivre des situations comme en 1995, alors que les taux d'inoccupation avoisinaient les 8 %. Les propriétaires privés mangeaient leurs bas et devaient donner des mois de loyer gratuits», met en garde le directeur de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec, Luc Courtemanche, suggérant plutôt au gouvernement de recourir à l'aide individuelle. Une approche décriée par les groupes de locataires.