Le PQ propose de bloquer le prix à la pompe à 1,60$ le litre

Devant la hausse du prix de l’essence qui a franchi récemment la barre du 2$ le litre, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon s’insurge de voir les pétrolières engranger des profits records.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Devant la hausse du prix de l’essence qui a franchi récemment la barre du 2$ le litre, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon s’insurge de voir les pétrolières engranger des profits records.

Le Parti québécois (PQ) propose de limiter temporairement le coût à la pompe à 1,60 $ le litre, et que la différence du prix soit à la charge des producteurs pétroliers. Cette mesure serait toutefois difficilement applicable sur le plan économique et ne ferait que soutenir la dépendance des Québécois au pétrole, selon un expert.

Devant la hausse du prix de l’essence qui a franchi récemment la barre du 2 $ le litre, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon s’insurge de voir les pétrolières engranger des profits records, parlant de « vol qualifié ».

« Ce n’est pas normal ni acceptable que 85 % de l’augmentation du prix à la pompe aillent directement dans les poches des pétrolières et de leurs raffineries. Les experts s’attendent à ce que le litre d’essence dépasse les 2,20 $ sous peu. Vient un moment où on ne peut plus rester les bras croisés, ça prend un plan d’urgence », a-t-il déclaré dans un communiqué, dimanche.

En ramenant le prix à 1,60 $, les pétrolières retrouveraient des marges de profits similaires au contexte d’il y a deux ans, a indiqué M. St-Pierre Plamondon en entrevue téléphonique.

« Et c’était déjà des marges de profits gargantuesques », a-t-il souligné.

Le chef péquiste a mentionné que cette mesure pourrait s’appliquer minimalement durant six mois ou un an afin de soulager à court terme les finances de plusieurs familles. En parallèle, la Régie de l’énergie aurait le mandat de faire une analyse pour établir à moyen et long terme ce que serait le prix raisonnable en fonction des circonstances.

Selon M. St-Pierre Plamondon, le Québec pourrait s’inspirer de la loi française qui donne la possibilité en situation de crise de fixer par décret un plafond durant six mois, lorsqu’il est démontré que des profits excessifs sont enregistrés.

Un « argument extrêmement populiste »

Professeur aux HEC et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, Pierre-Olivier Pineau, considère la proposition péquiste comme un « argument extrêmement populiste », qui représenterait ni une bonne politique économique, ni environnementale.

Selon lui, les distributeurs d’essence auraient de la difficulté à vendre à un tel prix puisqu’ils doivent eux-mêmes se procurer le produit pétrolier auprès de raffineries qui risquent aussi d’avoir du mal à réduire leurs coûts.

« Si on voulait forcer les raffineries à vendre à ce prix-là, elles n’arriveraient pas à s’approvisionner en pétrole suffisamment bas [auprès des producteurs] pour pouvoir raffiner le pétrole au Québec. On ferait donc face à des pénuries d’essence en voulant maintenir un prix inférieur », a expliqué M. Pineau.

Mais à ses yeux, la proposition péquiste aura surtout pour effet à long terme de maintenir la dépendance des consommateurs au pétrole.

« En payant moins cher, ils seraient incités à conserver plus longtemps leurs mauvaises habitudes de consommateur de produits pétroliers. […] Augmenter les prix serait en fait la bonne chose à faire si on était vraiment sérieux pour la transition énergétique », a-t-il mentionné.

M. Pineau recommande de plutôt surtaxer les marges de profits exceptionnelles des pétrolières à l’instar de pays comme la Norvège, et d’investir dans l’offre de transports collectifs.

Le PQ a réitéré dimanche l’urgence de sortir le Québec de la dépendance du pétrole, mais accuse le gouvernement Legault « de dormir au gaz ».

« La très grande majorité des Québécois ne demande que ça, mais il n’y a pas de véhicules électriques à vendre. Il y a deux ans d’attente, et ça, c’est par le manque d’ambition du gouvernement qui fixe en ce moment à seulement 9,5 % la proportion de véhicules zéro émission (VZE) qui doit être vendu au Québec », a déploré M. St-Pierre Plamondon.

Le PQ souhaite une hausse des quotas pour forcer les constructeurs à augmenter l’offre des VZE. Il mentionne que des pays comme la France, l’Allemagne et la Suède, ont des quotas de vente s’élevant de 25 % à 60 %.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse canadienne pour les nouvelles.

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