Procès des Hells Angels - Une jurée déçue de son expérience

«La justice, c'est une belle utopie», croit une ex-jurée au procès des motards avorté la semaine dernière. Brisant la consigne du silence, Catherine Gadouas a tenu à dire tout haut ses désillusions face au système judiciaire après avoir, pendant quatre mois, mis entre parenthèse sa vie personnelle et professionnelle pour remplir son devoir de citoyenne.

Lors d'une entrevue accordée à l'animatrice Anne-Marie Dussault hier matin à la radio de la première chaîne de Radio-Canada, la jurée numéro trois a dénoncé la lourdeur des procédures et les aberrations dont elle a été témoin lors des audiences.

Elle a été contrainte de remplir son devoir de citoyenne et la tournure des événements l'a exaspérée, qu'il s'agisse de l'écoute interminable des vidéos et cassettes audio présentés en preuve ou de la démission du juge Jean-Guy Boilard après le blâme du Conseil canadien de la magistrature. «Il n'avait pas le droit de faire ça, a-t-elle expliqué. Il y avait un genre de contrat tacite entre lui et nous et il l'a brisé unilatéralement sans même nous consulter.»

De plus, elle accepte mal qu'on ait pu douter de la partialité des jurés à la suite de leurs commentaires émis au sujet des avocats de la défense qui désiraient l'avortement du procès «sans en porter la responsabilité».

Enseignante et compositrice, elle affirme avoir perdu l'équivalent de 100 000 $ de revenus en contrats en siégeant comme jurée à 450 $ par semaine. Elle espère que sa sortie publique incitera les intervenants dans le dossier à apporter des correctifs «au nom de la justice», d'autant plus que le mégaprocès a déjà coûté plusieurs millions de dollars à la société.

«J'ose croire que ça n'aura pas été inutile, que les quatre mois ne seront pas perdus et que ça va servir aux autres jurés qui devront être choisis», ajoute-t-elle.

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