Laisser s’arrêter le Convoi de la liberté était une erreur, admet la GRC

Dès leur arrivée à la fin janvier, les véhicules du Convoi de la liberté ont été conduits par les policiers d’Ottawa vers des zones de manifestations, dont devant le Parlement fédéral.
Robert Bumsted Associated Press Dès leur arrivée à la fin janvier, les véhicules du Convoi de la liberté ont été conduits par les policiers d’Ottawa vers des zones de manifestations, dont devant le Parlement fédéral.

En rétrospective, les policiers n’auraient jamais dû permettre le stationnement des camions en colère contre les mesures sanitaires au centre-ville d’Ottawa, a admis la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

« Interdire d’arrêter, bloquer certains lieux, ne pas laisser les gens se stationner, ou s’arrêter, puisqu’une manifestation en mouvement, c’est bien », a décrit la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, invitée à dire ce que les autorités auraient pu faire, en rétrospective, pour éviter les débordements du Convoi de la liberté cet hiver.

La grande patronne de la GRC comparaissait mardi soir devant le comité parlementaire chargé d’étudier la façon dont le gouvernement a utilisé ses pouvoirs d’exceptions conférés par la Loi sur les mesures d’urgence. Selon elle, les autorités ont tiré de précieuses leçons quant à la gestion de ce genre d’évènements, qui ont été appliquées lors d’un retour du convoi par des manifestants à moto, à la fin avril.

Elle avait auparavant refusé à plusieurs reprises de critiquer ses collègues du Service de police d’Ottawa en qualifiant « d’échec policier » le fait que la manifestation de camionneur de la fin de janvier se soit soldée par une occupation de trois semaines de la capitale fédérale.

Elle a ajouté qu’un grand nombre d’organisateurs du Convoi de la liberté compliquait les communications avec la police. « Sept ou huit » organisateurs, nommés « capitaines », revendiquaient parler au nom de camionneurs provenant de leur région du pays. Lors d’un entretien avec Le Devoir durant la longue manifestation, la « capitaine » du Québec avait d’ailleurs assuré que les policiers ne lui avaient jamais demandé de lever le camp.

Dès leur arrivée à la fin janvier, les véhicules du Convoi de la liberté ont été conduits par les policiers d’Ottawa vers des zones de manifestations, dont devant le Parlement fédéral. Ces zones ont rapidement débordé de véhicules stationnés, dont par certains qui refusaient de bouger tant que le gouvernement n’abandonnait pas les mesures sanitaires liées à la COVID-19. L’événement s’est transformé en une occupation du centre-ville d’Ottawa de trois semaines qui a défrayé les manchettes du monde entier. Pour le déloger, Ottawa a invoqué la Loi des mesures d’urgence le 14 février.

La commissaire Lucki n’est pas arrivée à convaincre des élus et sénateurs de l’opposition du fait que la GRC n’avait pas la capacité de mettre fin à la manifestation grâce aux lois régulières. Elle a évoqué qu’une telle opération aurait mis à risque la sécurité des agents ou de la police parce qu’il y avait un « nombre considérable » de manifestants, et qu’un plan complet d’une telle intervention ne lui a pas été présenté avant le 12 février, plus de deux semaines après le début de l’occupation. Un tel plan était nécessaire pour fournir les policiers supplémentaires qui étaient demandés par la Ville d’Ottawa, a-t-elle dit.

La comparution virtuelle des responsables de la GRC et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) devant le comité parlementaire s’est déroulée de manière par moment tendue mardi soir.

« Demandez donc à votre patron qu’il vienne témoigner. J’aimerais peut-être avoir votre patron, si vous ne pouvez pas répondre », a lancé le député du Bloc québécois Rhéal Fortin, à bout de patience, à la commissaire Lucki qui semblait regarder quelqu’un hors du champ de la caméra en esquivant une question.

D’autres élus se sont montrés impatients quand celle-ci a soutenu être tenue au principe du secret du cabinet, règle qui protège habituellement toutes discussions entre les ministres.

Le Comité mixte spécial sur la déclaration de situation de crise (DEDC) recevra des témoins au moins jusqu’à la fin du mois de juin dans le but de surveiller l’application des mesures d’urgence. En parallèle, une enquête publique menée par un juge ontarien doit examiner les circonstances qui ont donné lieu à l’invocation de cette loi d’exception.

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