Le masque ne disparaîtra pas de tous les milieux

Si elle fait le bonheur de plusieurs, la levée le 14 mai de l’obligation du port du masque est accueillie avec tension et réserve dans plusieurs milieux. Certaines écoles et certaines entreprises entendent la maintenir pour protéger leurs employés et la clientèle.

Même si le port du masque n’est plus requis depuis le 7 mars en classe de primaire et de secondaire, plusieurs enseignants n’entendent pas se départir de sitôt de cet outil qui fait maintenant partie de la « nouvelle normalité ». « Nous, on s’attend à ce que la majorité de nos membres continuent à le porter. C’est déjà le cas de beaucoup d’élèves du secondaire, jusqu’à 75 % dans certaines écoles », affirme Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui regroupe quelque 50 000 enseignants du préscolaire au secondaire.

« Certains élèves nous disent : “On va le garder, ça a pris assez de temps pour s’y habituer !” Là-dessus, la Santé publique a bien fait son travail d’éducation », ajoute-t-il.

La FAE prône la vigilance, notamment en continuant d’avoir accès aux données sur la transmission. Cela dit, elle ne croit pas que les directions d’école devraient être plus exigeantes que ce que dicte la Direction de santé publique. « Il y a aussi un désir pour les parents d’un retour à la normale. » Mais le port du masque risque de persister tant que le problème de la ventilation des classes demeure, ajoute M. Mallette.

Du côté des établissements privés, le port du masque est resté la norme dans plusieurs écoles et plusieurs collèges, malgré les assouplissements introduits en mars par la Santé publique.

« C’est surtout la pénurie de main-d’œuvre qui a poussé certaines directions d’école privée à jouer de prudence », affirme Léandre Lapointe, délégué au regroupement de l’enseignement privé à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui compte près de 34 000 professeurs de collèges privés, de cégeps et d’universités.

Cependant, selon ce dernier, la décision de la Santé publique est « logique et naturelle », compte tenu de la baisse actuelle des cas. « Ça doit rester un choix individuel. Nous suivons la science et la Santé publique depuis le début », ajoute M. Lapointe.

Le plus important syndicat de la province dans le domaine de l’éducation, la Centrale des syndicats du Québec, se montre préoccupé, tout comme lors de l’annonce du 7 mars, pour ses membres immunodéprimés ou à risque. Le syndicat qui représente 120 000 travailleurs réclame de Québec le retrait préventif des écoles des enseignantes enceintes et la distribution gratuite de masques pour ceux qui voudraient continuer à le porter, tout en rappelant l’obligation des employeurs d’assurer un environnement de travail sécuritaire.

Alors que la fin des classes a déjà sonné pour plusieurs établissements d’enseignement supérieur, plusieurs universités, dont Concordia, McGill et l’Université de Montréal, ont déjà indiqué leur intention de maintenir obligatoire le port du masque pour plusieurs semaines sur leur campus pour la session d’été.

Des soupirs de soulagement

Du côté des restaurateurs, l’heure était plus au soulagement mercredi, le masque obligatoire étant devenu un des symboles s’ajoutant au problème criant de recrutement de main-d’œuvre. « Si le public n’y est plus tenu, il n’y aurait pas de cohérence à l’exiger de la part des employés. Par contre, un employé qui voudrait porter le masque pour se protéger, on serait mal avisé de l’en empêcher. On doit s’attendre à ce que certains le maintiennent pour des raisons de santé », fait valoir Martin Vézina, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec.

Cette nouvelle mesure est particulièrement bienvenue à l’approche de la saison touristique, estime pour sa part le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « On s’en allait vers une difficulté à expliquer pourquoi on maintenait encore le masque ici, alors qu’il n’est plus obligatoire ailleurs dans le monde », souligne Michel Leblanc.

Dans les résidences pour aînés, la levée du port du masque a aussi été chaudement accueillie, les quelque 145 000 résidents ayant eu l’impression d’avoir été victimes de « surconfinement ». « On accueille des gens autonomes, on n’est pas des CHSLD. On est contents d’avoir été entendus. Il est temps de laisser vivre nos aînés », fait savoir Marc Fortin, p.-d.g. du Regroupement québécois des résidences pour aînés, lequel représente plus de 800 résidences.

Dans le secteur privé, le retrait du port du masque ne fait pas l’unanimité non plus. Dans les salons de coiffure, de massothérapie et d’esthétique, par exemple, il est impossible de garder un mètre de distance, et ce, pendant plus d’une heure de contact avec la même personne.

Le port du masque devrait ainsi varier d’un salon de coiffure à l’autre, selon le président de l’Association Coiffure Québec, Stéphane Roy. « C’est sûr qu’il va y avoir des conflits. Certains vont dire qu’ils ne veulent pas coiffer des clients sans masque, d’autres qui vont exiger de voir leur visage », prédit le propriétaire de plusieurs succursales.

Au sein de ses propres salons, la centaine de coiffeurs et de coloristes pourraient être obligés de porter le masque si les clients le souhaitent. « On va laisser le client choisir », dit-il.

Diverses entreprises attendent pour leur part de voir si la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) édictera des mesures particulières s’appliquant à leur secteur d’activité.

« On a rencontré la CNESST hier [mardi], et on attend leurs recommandations. Chose certaine, si une entreprise juge que le masque est nécessaire pour protéger ses employés, ce sera une décision d’entreprise », explique Christian Bazinet, du Conseil de la transformation alimentaire du Québec, qui représente de nombreux abattoirs, dont certains ont été touchés par d’importantes éclosions durant la pandémie.

En effet, la proximité est grande entre les travailleurs dans certaines usines, ce qui pourrait inciter des entreprises à continuer d’imposer le port du masque, observe Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec. Dans la majorité des cas, la levée de l’obligation permettrait toutefois d’améliorer le bien-être des employés, juge-t-elle.

« L’été, en particulier, c’était difficile pour les travailleurs en usine, avec la chaleur, les lunettes de protection… Ce n’était pas des conditions idéales, et elles étaient imposées même lorsqu’ils pouvaient respecter les deux mètres de distance », explique-t-elle.

L’avocate en droit du travail Marianne Plamondon confirme d’ailleurs que « les employeurs peuvent mettre en place les mesures qu’ils jugent nécessaires pour assurer la protection de la santé et de la sécurité au travail, car cela fait partie de leurs obligations ». « L’employeur qui décide d’imposer le maintien du port du masque devrait tout de même pouvoir le justifier en se fiant au risque propre à l’emploi en cause, à la suite d’une évaluation au cas par cas », précise Me Plamondon.


À compter du 14 mai, le port du masque ne sera plus obligatoire sur les campus de l’Université de Montréal (UdeM).

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