Des partis peuvent-ils percer à droite de Doug Ford?

Le chef du Parti Ontario, Derek Sloan, a été expulsé du caucus conservateur en 2021 parce qu’il a accepté un don d’un suprémaciste blanc.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Parti Ontario, Derek Sloan, a été expulsé du caucus conservateur en 2021 parce qu’il a accepté un don d’un suprémaciste blanc.

Au moins quatre partis chercheront à se démarquer à la droite du Parti progressiste-conservateur lors de l’élection ontarienne, qui débutera la semaine prochaine. Ces partis, misant sur une plateforme axée notamment sur l’opposition aux mesures sanitaires, tenteront de canaliser l’énergie du mouvement des camionneurs pour gagner des appuis à l’échelle provinciale. La tâche s’annonce difficile, de l’aveu même d’un de leurs candidats.

Le Parti Ontario, dont le leader, Derek Sloan, a été expulsé du caucus conservateur en 2021 parce qu’il a accepté un don d’un suprémaciste blanc, est l’un des clans politiques marginaux les plus organisés dans la course, avec ses 48 associations de circonscription et ses 90 candidats. S’il est élu, le parti veut notamment adopter une loi qui interdirait au gouvernement d’imposer des confinements et des restrictions sanitaires.

Pour l’appuyer dans sa campagne, Derek Sloan a annoncé l’embauche de l’ex-conseiller politique du président Donald Trump Roger Stone. Depuis environ une semaine, « c’est lui qui conseille toute l’équipe », explique Derek Sloan. La figure politique américaine épouse des idées conspirationnistes sur l’origine de la COVID-19 et a été condamnée à 40 mois de prison en 2020 pour avoir entre autres menti au Congrès. « Je pense que son procès représentait une chasse aux sorcières », affirme Derek Sloan.

« Ce n’est peut-être qu’un coup publicitaire », avance le professeur de science politique Greg Flynn, à l’Université McMaster. Des politiciens de la droite au Canada ont tenté d’importer des éléments de la droite américaine dans le passé, rappelle le politologue, mais ils ont rarement eu du succès. Le Parti Ontario compte un député à Queen’s Park : Rick Nicholls, qui a été expulsé du caucus progressiste-conservateur en décembre 2021 parce qu’il a refusé de se faire vacciner.

Le Parti Ontario bataillera principalement avec le Nouveau Parti bleu pour obtenir des votes à la droite de Doug Ford. Le parti a été formé en 2020 par Jim Karahalios et sa femme, la députée Belinda Karahalios. Cette dernière a aussi été expulsée du caucus progressiste-conservateur en raison de son opposition à une mesure sanitaire. Le parti promet de mettre fin à toutes les exigences de santé publique relatives à la COVID-19 s’il est élu. Il ne reste par contre qu’une exigence dans la province, soit le port du masque dans les hôpitaux, les foyers de soins de longue durée et les transports en commun.

Une division du vote ?

Le candidat du Parti de la liberté Mike McMullen, qui habite London, admet qu’il a peu d’espoir d’être élu dans sa circonscription, ou même de voir d’autres députés à la droite de Doug Ford l’être aussi. « Beaucoup d’entre nous ont la même opinion que Doug Ford, mais le vote est fragmenté », admet celui qui n’a obtenu que 1,6 % du vote en tant que candidat du Parti populaire du Canada en 2019. D’après Martin Masse, porte-parole du Parti populaire du Canada, les partisans du parti sont dispersés en Ontario.

En décembre, le chef du PPC, Maxime Bernier, avait exhorté le Nouveau Parti bleu, le Parti Ontario et l’Ontario First Party à s’unir sous une même bannière, avec pour leader le député provincial Randy Hiller. Son parti, l’Ontario First Party, n’est toutefois plus actif depuis l’annonce de sa retraite de la politique en mars. « À ce stade-ci, il est probablement trop tard pour espérer une opposition unifiée des partis de droite », affirme Martin Masse.

Selon le politologue Greg Flynn, le mouvement antimesures sanitaires en Ontario a aussi perdu une figure de proue lorsque l’ancien député progressiste-conservateur Roman Baber est entré dans la course à la chefferie du Parti conservateur. « Randy Hillier et Roman Baber auraient pu être les visages de ce mouvement », dit-il. Leur départ joue en faveur du premier ministre Doug Ford.

Le professeur de science politique Eric Merkley, à l’Université de Toronto, doute de la popularité de ces partis à long terme. « À mesure que la pandémie s’estompe, faire campagne sur des mesures sanitaires devient moins pertinent. Ces partis perdront de l’endurance », analyse-t-il. Les institutions canadiennes et le système parlementaire font en sorte que l’extrême droite est moins influente au Canada, dit Eric Merkley.

À court terme, ces partis entrent dans la course à un moment où la grande majorité des mesures sanitaires ont déjà été levées dans la province. Greg Flynn ne s’attend pas à voir un candidat de l’extrême droite sortir vainqueur, même dans les régions rurales, où le Parti populaire du Canada avait plus d’appuis. « Ils pourraient bien avoir une bonne performance, mais le Parti progressiste-conservateur remporte habituellement les régions rurales avec une avance tellement grande que cela n’aura pas d’effet sur le résultat », explique-t-il.
 

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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