520 000 $ de dons dorment en banque

Plus de 1500 personnes sont mortes aux Gonaïves et des milliers d’autres ont été blessées lors du passage du cyclone Jeanne, le 18 septembre dernier. Encore aujourd’hui, la région peine à se relever du désastre.
Photo: Agence Reuters Plus de 1500 personnes sont mortes aux Gonaïves et des milliers d’autres ont été blessées lors du passage du cyclone Jeanne, le 18 septembre dernier. Encore aujourd’hui, la région peine à se relever du désastre.

Une partie des dons faits par des Québécois pour venir en aide aux sinistrés des Gonaïves, en Haïti, dort toujours dans une caisse. Le demi-million de dollars amassé lors du radiothon de la station privée haïtienne CPAM Radio-Union.com n'est toujours pas arrivé à destination trois mois après le cyclone Jeanne, a appris Le Devoir.

Ces fonds ont été recueillis pour l'Organisme d'entraide canado-haïtien (ODECH), qui n'est pas reconnu à l'heure actuelle comme un organisme autorisé à émettre des reçus pour dons de charité. Le radiothon qui s'est déroulé du 25 au 28 septembre dans les locaux de l'hôtel de ville de Montréal et qui a bénéficié d'un large auditoire à TVA a permis d'amasser 526 000 $, dont 6000 $ ont été dépensés pour l'organisation ainsi que pour l'acheminement des denrées non périssables et des médicaments.

L'ODECH affirme vouloir affecter les sommes à des projets de développement durable à long terme, soit le reboisement et le développement de l'énergie solaire, selon sa présidente, Asma Heurtelou. Cette décision sème la controverse dans la communauté haïtienne montréalaise, où certains s'interrogent sur la crédibilité de l'organisme. Même le conseil d'administration de l'ODECH est divisé sur l'utilisation des sommes.

Dans le communiqué conjoint émis par la Ville de Montréal et l'ODECH après le radiothon, il était précisé que les dons permettraient «d'acheter des denrées, des médicaments et certains biens des plus utiles pour la population haïtienne».

La présidente de l'ODECH et le propriétaire de la radio CPAM, Jean-Ernst Pierre, affirment cependant qu'il a été dit à plusieurs reprises au cours de la collecte que les fonds serviraient à des projets de développement durable. «L'urgence, ce n'est pas le fait de donner à manger à quelqu'un aujourd'hui. Si je m'attaque à un problème récurrent, je m'attaque à l'urgence. Pour nous, le reboisement, c'est une urgence aux Gonaïves», fait valoir Mme Heurtelou, qui envisage d'utiliser une partie des fonds pour acheter du matériel scolaire destiné aux écoliers gonaïviens. Une réunion doit avoir lieu le 18 décembre, notamment avec des représentants de la Société haïtienne de reboisement, pour discuter de la suite des choses.

La perspective de voir un demi-million dormir dans un compte de banque en attendant que des projets à long terme soient élaborés choque plusieurs membres de la communauté haïtienne alors que la population des Gonaïves manque encore de tout. «C'est de la fausse représentation. [...] Les gens n'auraient pas donné autant d'argent pour qu'ils fassent des projets à long terme. [...] Le reboisement, c'est un projet qui appartient à l'État», critique Guerdy Préval, animateur d'une émission de radio haïtienne à la station CFMB 180 AM.

Également animateur de radio, à CKUT, Raymond Laurent a participé au radiothon. Il lui apparaît évident que les fonds ont été recueillis pour des «mesures d'urgence». «Le reboisement, c'est sûr que c'est urgent, mais dans combien de temps cela va-t-il se faire?», observe M. Laurent, qui ne veut cependant pas prendre position dans le débat et constate que la communauté est «très divisée».

Gonaïvien d'origine, Evans Desmangles est «dégoûté» de la situation. «De deux choses l'une: ou ils sont foncièrement irresponsables, ou ils ne comprennent pas la notion d'urgence», s'insurge cet Haïtien de Montréal.

«Si on veut créer un fonds pour le développement en Haïti, on peut y penser, mais cette fois-ci, les gens se sont mobilisés pour autre chose», lance un autre membre actif dans la communauté qui a réclamé l'anonymat, invitant l'administration montréalaise à s'assurer que les fonds soient envoyés rapidement aux Gonaïves.

Les objectifs de Mme Heurtelou et du propriétaire de la station CPAM ne font pas consensus au sein du conseil d'administration de l'ODECH. Le responsable des relations publiques, Mathieu Domerson, pense que les fonds doivent servir à reconstruire des écoles, à aider les enfants et à «donner à manger aux gens». «[Le reboisement] est une idée de la radio. Ils ne nous ont pas consultés. [...] [Mme Heurtelou] ne sait pas que lorsqu'on est un organisme sans but lucratif qui recueille de l'argent du public, 80 % doit être dépensé dans l'année en cours. Elle est la seule à véhiculer des idées comme cela», tonne M. Domerson, qui prend néanmoins la défense de son organisme contre ses détracteurs.

Pas de numéro de charité

Il semble que l'ODECH n'a pas été très actif au cours des dernières années. Son numéro de charité a été révoqué en 2000, les administrateurs ayant négligé de remplir les déclarations d'information annuelles. Au moment de la collecte, l'ODECH n'était donc pas en mesure d'émettre des reçus pour l'impôt.

Lorsque jointe par Le Devoir, Mme Heurtelou a assuré que son organisme dispose d'un tel numéro depuis novembre et sera en mesure d'émettre les reçus d'ici la fin de l'année. Or, vérification faite auprès de l'Agence du revenu du Canada, le numéro fourni est plutôt au nom de «Solidarité anti-pauvreté», un organisme accrédité le 29 novembre dont l'adresse est la même que celle de l'ODECH. Mathieu Domerson explique que l'organisme a été créé parce qu'il aurait été trop long de réactiver le numéro de l'ODECH et que certains éléments dans la demande de l'ODECH «ne pouvaient pas permettre à l'organisme d'avoir un numéro de charité». Il soutient que l'ODECH pourra tout de même émettre des reçus avec le numéro de Solidarité anti-pauvreté.

Outre une cueillette de fonds similaire pour venir en aide au village de Mapou, frappé par une inondation en mai dernier, l'ODECH n'a pas vraiment d'expérience récente en aide humanitaire ou en développement international. «C'est pour cela qu'on s'encadre de spécialistes», explique Mme Heurtelou, qui dirige l'organisme depuis 2000.

Lorsqu'on lui demande pourquoi la station CPAM Radio-Union s'est associée à un organisme peu expérimenté, le président de la station, Jean-Ernst Pierre, souligne qu'il voulait faire affaire avec des Haïtiens. «Nous ne devons pas toujours attendre que ce soient des étrangers qui fassent des choses pour nous. À mon avis, l'Haïtien attend toujours de l'étranger.»

Pourquoi alors ne pas avoir collaboré avec le Regroupement des organismes canado-haïtiens pour le développement (ROCHAD), actif dans ce secteur depuis plusieurs années? «C'est l'ODECH que je connais, c'est avec eux que je travaille depuis mai», répond M. Pierre. Il ajoute que le ROCHAD avait annoncé que les fonds qu'il collecterait seraient remis à des ONG québécoises.

Il attribue les critiques de ses détracteurs aux divisions politiques au sein de la communauté haïtienne. «N'importe qui voulant faire quelque chose pour Haïti va à l'encontre de leur vision, leur seul objectif est le retour éventuel d'Aristide», argue M. Pierre, précisant que les citoyens des Gonaïves ont été parmi les premiers à se soulever contre l'ancien président. Ces divisions politiques seront d'ailleurs palpables ce soir alors que des manifestants devraient se masser devant le Centre Mont-Royal, à Montréal, où aura lieu une conférence de la diaspora haïtienne à laquelle participera l'actuel président d'Haïti, Gérard Latortue.

En plus des 526 000 $ amassés, le radiothon a permis de recueillir une quantité importante de denrées non périssables, de vêtements, de médicaments et de bouteilles d'eau, qui ont commencé à être acheminés avec la collaboration du Centre canadien d'étude et de coopération internationales (CECI) de la Ville de Montréal et de la Défense nationale. En plus de quatre Airbus et d'un hélicoptère Hercule qui ont déjà livré du matériel, un navire de la marine marchande devrait appareiller sous peu avec 25 conteneurs à son bord.

Le CECI, qui a veillé au transport des marchandises, constate que la distribution du matériel est difficile sur le terrain. La directrice des communications, Karine Guidicelli, souligne que les besoins d'urgence sont encore très criants, notamment en matière de reconstruction. «De l'urgence, il y en a encore. Nous avons distribué 5000 trousses d'urgence et il y a 250 000 sans-abri», observe-t-elle. La collecte de fonds du CECI a permis de recueillir 1,1 million, dont 850 000 $ ont déjà été dépensés en Haïti.
1 commentaire
  • gamache jaccqueline - Inscrite 18 juillet 2007 13 h 29

    incompréhensible

    Bonjour,moi je peux vous dire que je ne comprends pas pourquoi qu'il laisse à la banque sans rien faire je ne comprend rien sais stupide de ne pas agir... il faut voir la réalité en face moi je suis mère de famille qui as eu un accident merci mon dieu d'être en vie mais sais pas facile je vous dis suivi des cours qui donne rien face à un employeur et que j'ai juste un cour de base et que je qu'après il donne le même cours mais plus d'heure sais en ragent mais sais la vie et je veux partir ma bénisse et je vois que pas d'argent tu vas pas loin du tout mais bon c'est la vie mais veille sur moi et voilà...moi j'ai donner dans ma vie malgréque j'ai pas les moyens mais j'ai été bénis et aujourd'hui si je demande de l'aide à quelqu'un de très généreux pourrais m'aider Dieu le bénirais sais sûre sias pour moi et mes enfants que je le fais et pour dieu afin aider aussi ceux qui son dans le besoin mais que je me suis intallée...crie dés espoir s'il y a un être généreux Dieu va lui mais sur son coeur mais j'aimerais que vous lancer une demande d'aides'il vous plaît..... MERCI! et que Dieu vous garde et continuer votre beau travail.. soyer bénis