À quoi s’attendre du convoi de motards qui arrivera à Ottawa cette fin de semaine ?

Alors que les Ottaviens sont encore ébranlés de la longue occupation du centre-ville de l’hiver dernier, un nouveau convoi, de motards cette fois-ci, débarquera dans la capitale dès vendredi afin de manifester.

Aux dires du service de police d’Ottawa, ils seront entre 500 et 1000 motocyclistes. Selon les rumeurs qui circulent sur la Toile, ce nombre s’élèverait plutôt à 8000. Une différence majeure, un peu comme celle qui avait pris par surprise la capitale en février dernier, alors que des milliers de camionneurs supplémentaires s’étaient ajoutés aux estimations, créant un chahut plus grand qu’anticipé.

Et quelle motivation entraîne tant de gens à prendre la route ? Sur papier, le groupe des Rolling Thunder indique vouloir manifester pour la « reprise » du Monument commémoratif de guerre du Canada, qui avait été clôturé pendant quelques semaines à la suite des méfaits commis par des membres du « convoi de la liberté ». Le groupe des Vétérans pour la liberté (V4F) figure parmi les principaux collaborateurs du rallye.

Le service de police d’Ottawa a toutefois annoncé en conférence de presse jeudi matin avoir mis en place une zone d’exclusion des véhicules près des édifices parlementaires pour la fin de semaine à venir. Le monument est en plein centre de cet espace qui sera encadré de police. Cette décision vient donc compliquer les plans des manifestants qui comptaient s’y rendre samedi en fin de matinée.

La police a aussi annoncé veiller à respecter les conditions établies par le tribunal pour quiconque s’étant vu interdire l’accès à Ottawa après « la manifestation illégale de février dernier. » Contraventions, remorquage et arrestations seront de mise afin de maintenir l’ordre.

Outre la réouverture du mémorial, les organisations liées à Rolling Thunder ont indiqué les motifs de leur participation sur leur site Internet. V4F dit vouloir rétablir les libertés fondamentales de tous les Canadiens, alors que le groupe Freedom Fighters Canada exige « la fin de tous les mandats gouvernementaux » et de la « législation tyrannique ».

Le site de Rolling Thunder invite aussi les gens à faire un don au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, précisément à l’organisation qui recueille des fonds pour les soins, la recherche et l’équipement en oncologie infantile.

Dans une communication avec Le Devoir, la gestionnaire en communications de la fondation du CHEO, Jayne O’Brien, a tenu à préciser que leur organisation « n’a absolument aucun lien avec cet événement ».

Le retour des inquiétudes

 

Le souvenir des moteurs grondants et des klaxons résonne encore dans la tête de nombreux résidents d’Ottawa qui appréhendent l’arrivée du convoi de motards. Un courriel envoyé à Horizon Ottawa, une organisation locale progressiste, et qui a été relayé sur Twitter en témoigne.

Il s’agit d’une demande d’aide d’un employé du centre commercial Saint-Laurent, lieu où prévoient s’arrêter les participants de Rolling Thunder. « Je suis employé au centre commercial et la plupart de mes collègues sont LGBTQ + et / ou des personnes de couleur. Je suis incroyablement anxieux quant au type de foule qui sera attirée par le conférencier invité Chris Sky, négationniste ouvert de l’holocauste et suprémaciste blanc. […] Mes collègues et moi-même sommes mal à l’aise de travailler ce jour-là en sachant le genre de personnes que nous allons servir, mais aucun de nous ne peut se permettre de manquer un quart de travail. »

Cet employé n’est pas la seule personne à s’inquiéter de l’arrivée du groupe. Community Solidarity Ottawa prévoit organiser un « unwelcoming party », soit une fête peu accueillante contre le convoi de motards. La coalition d’organisateurs communautaires, de résidents et de syndicats souhaite montrer, avec cette initiative, le mécontentement des Ottaviens vis-à-vis de cette manifestation qui risque, une fois de plus, de perturber le quotidien des résidents.

Bien que le nombre de motocyclettes et le déroulement de la fin de semaine soient incertains, le clivage qu’entraînent ces manifestations au sein de la population est quant à lui bien visible.

Avec Boris Proulx
 


Correction: Une première version de cet article laissait entendre que le Monument commémoratif de guerre du Canada était resté clôturé depuis la manifestation du convoi des camionneurs, ce qui n'était pas le cas.

 

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